Après un second visionnage attentif, je ne peux que rester sur ma première impression. Postal est certainement le film le plus mauvais que j'aie pu voir cette année, avec un storyboard à la rue, un rythme catastrophique, une photo minable et une prod fauchée. Plus mauvais que Meet the Spartans.
Et pourtant, il est la meilleure adaptation de jeu vidéo à ce jour, j'irai même jusqu'à dire qu'Uwe Boll, grâce à l'aide de Vince Desi a su saisir avec perfection l'ambiance et l'essence de Postal. C'est d'ailleurs ce qui provoque sa nullité, au-delà de la médiocrité intrinsèque du film.
Postal, ou plutôt son idiome anglais, "going postal" décrirait un peu la folie meurtrière spontanée d'un homme qui pète son dernier cable sous la pression de son environnement. Ce qui aurait pu donner une relecture plus acide encore de Chute Libre avec Michael Douglas s'enlise néanmoins dans une vulgarité poisseuse et une provocation infantile.
Des enfants se font massacrer dans un parc d'attraction nazi, Verne Troyer se fait sodomiser par un millier de singes, une femme obèse se fait bourrer le lard par un redneck au QI de bulot dans une caravane, un flic ripou exploite un tétraplégique pour arrondir des fins de mois.
Des scènes graveleuses ou volontairement choquantes qui s'accumulent tout au long du film pour nous laisser un goût de vomi au fond de la gorge.
Cette putrescence n'est que l'expression filmique du jeu, qui est lui-même une injure martelée ad nauseam. Postal, et surtout Postal 2 sont odieux et pertinents à la fois.
Ils abordent la junk food, l'immigration incontrôlée, le racisme, la politique bullshit, le niveau de vie décroissant de l'amérique, lle fanatisme religieux, la vétusté du second amendement. Entre autres.
Le film tire à boulets rouges en tous sens, se brûlant sciemment au passage dans sa folie auto-destructrice.
L'univers de Postal est foncièrement agressif et oppressant, chaque personnage s'évertue à vous pousser à bout jusqu'à ce que vous craquiez.
l est la métaphore videoludique de ce bureau de poste où vous faites la queue pendant une heure à l'unique guichet pour que l'employé vous ferme au nez parce que c'est le moment de sa pause. L'enfoiré.
Frustration et castration sont les deux moteurs de Postal, proposant comme alternatives votre contribution au chaos, jubilatoire, ou la possibilité de fuir loin de toute confrontation.
Comment le film d'Uwe Boll aurait pu atteindre l'audience mainstream quand le jeu vous permet de décapiter un corps, d'enflammer sa tête, et de shooter dedans au milieu d'une foule pour voir les passants se transmettre le feu et se rouler par terre en hurlant de douleur ?
La possibilité d'une amoralité totale donne toute latitude pour prendre sa revanche contre un monde qui ne vous aime pas, mais surtout qui ne s'aime pas.
Le film s'amuse aussi de la croisade contre l'axe du mal. Il ridiculise le culte du 11 septembre en présentant une hypothèse cruelle, il présente BenLaden et Bush comme deux vieux amants, et nous montre des terroristes aussi incompétents que les américains sont abrutis. Il crache sur le mausolée des Twin Towers et par là même sur cette sacralisation indécente devenus l'alibi immaculé d'intérêts pétroliers.
Par sa vulgarité et son irrévérence, Postal ne fait que souligner ce qu'il y a de plus laid chez nos contemporains et la vulgarité d'une morale d'Etat.
Postal est en cela une adptation superbe, qui a su capter l'essence du jeu et de son nihilisme, de sa haîne viscerale pour la stupidité et l'hypocrisie. Nous sommes des animaux stupides, des tueurs en puissance, le cancer de notre planète.
La fin apocalyptique du film rejoint celle du jeu, sans en atteindre le paroxysme gore. Sous une pluie de chats et chiens s'écrasant en monceaux de tripes, le héros traversait la ville de Paradise en proie à la guerre civile et au chaos, pour rassembler ses dernières possessions et s'échapper.
Dans le film, le monde est décimé par un holocauste nucléaire où les Etats-Unis se font raser par des pays qu'ils ont attaqué sous des prétextes fallacieux de juste vengeance contre-terroriste.
Au milieu des explosions, BenLaden et Bush vagabondent main dans la main, en amoureux. Cette vision d'un futur à court terme qui part en couille de façon exponentielle et incontrôlable est la marque de fabrique de Postal.
Bien qu'Uwe Boll reste un réalisateur foireux, Postal n'en demeure pas moins une œuvre unique par sa captation impeccable du matériel de base, et c'est en cela que le film était voué au suicide commercial. En faisant Postal, Boll savait qu'il allait dans le mur, comme tous ses acteurs.
Et sachant cela, ils se sont tous éclatés dans une production miteuse mais jubilatoire, récélant des perles comme l'impro politicarde de JK Simmons, ubuesque.
En ne cédant rien sur son postulat et en appliquant à la lettre les pistes de Vince Desi, Uwe Boll produit ici un étron infect qui exhale la puanteur de notre société.
Cas d'étude à part entière sur l'incompatibilité entre adaptation scrupuleuse d'un jeu et réussite commerciale dès que son discours dépasse le spectaculaire, Postal porte sa nullité à la boutonnière, fier du doigt dans le cul qu'il nous met.
En toute inimitié.
De Jeremy, posté le 15.09.08 à 11:46
Postal est certainement le film le plus mauvais que j'aie pu voir cette année, avec un storyboard à la rue
Salut,
Je doute fort que tu aies jugé le film avec son storyboard à la main, qui est un outil de travail... ;) en analyse filmique on parle de "découpage", qui regroupe cadrage et montage.
De aimandshoot, posté le 15.09.08 à 12:34 
En même temps on a pas tous fait la Femis ici...
De Epikt, posté le 15.09.08 à 13:10 
Voilà qui me donne encore plus envie de voir le film.
Sérieusement, tu as beau dire que tu le trouves mauvais (ahah ! ton anti-bollisme te perdra), tu le défends très bien. Ou tu le défonces très mal, au choix.
De Galoo, posté le 15.09.08 à 13:38 
Suivant Epikt, je poserai cette question : faut le voir ou pas finalement ? L'acidité en vaut-elle la médiocrité ou faut-il passer à côté ?
De Glam, posté le 15.09.08 à 13:53 
J'ai vu la première moitié du film puis j'ai craqué (en même temps, vive le décalage son/image). Jusqu'à l'interview d'Uwe Boll en fait... l'impression qui en est sortie, c'est aussi la critique sociale, mais pas de la façon dont tu la décris. En fait j'ai plus eu le sentiment d'un Uwe Boll en mode electric retard (le webcomic) que devant son pupitre, lunettes sur le nez, listant scrupuleusement des coupures de presse liées à une morale "politiquement correcte". C'est du vu et revu, mais traité par un gamin de 12 ans nourri à South Park.
De Jeremy, posté le 15.09.08 à 16:48
@aimandshoot
So what ? Moi non plus. Mais un peu de vocabulaire ça fait pas de mal, non ?
Tu me donnes l'occasion de préciser : chouette billet au demeurant. Le film n'en demande peut-être pas autant !
De Hell Pé, posté le 15.09.08 à 17:06 
Je poursuis sur la lancée d'Epikt : que penser de ce film, alors ? Intrinsèquement mauvais certes, mais toi, t'es tu amusé en le matant ? En le re-matant même ?
De Dereck, posté le 16.09.08 à 01:41 
Pour être clair, le film donnera la gerbe aux cinéphiles. Postal est pourri de toutes parts sur des points techniques, dont le "découpage", issu du storyboard, qui est, je maintiens àa la rue pour obtenir un découpage aussi médiocre.
Le film est pataud et lourdingue, ostensiblement vulgaire et il s'y complait. Mais il est aussi délicieusement haineux sur tous les fronts. il faut le prendre comme un épisode de south park joué en live et réalisé par un gosse caractériel mais passionné.
Il m'est en effet difficile de jeter ce film à la poubelle car malgré tous ses travers son immaturité et sa maladresse le rendent sympathique. La première scène avec les talibans qui discutent des quotas de vierges au paradis des martyrs puis se ravisent, pour être agressé par les passagers de l'avion qui provoquent l'accident des twin towers dans leur soif d'héroisme ricain stupide, vaut à elle seule le visionnage du reste.
Je vous le conseille à la location, ou pour les plus fortunés en DVD/Blu-Ray pour avoir le jeu offert en plus et peut-être mieux comprendre pourquoi le film est une excellente adaptation.
De nathan, posté le 16.09.08 à 04:14 
Bien-sûr le film est noté PG-13 aux us ?
De Tata, posté le 16.09.08 à 09:51 
Postal m'a fait sourire, Babylon AD m'a fait chier, ... Tout est relatif comme disais Einstein
Perso je m'attendais a plus mauvais
De Glam, posté le 16.09.08 à 11:05 
Babylon AD n'est pas vraiment un chef d'oeuvre non plus il faut dire :p
De Dereck, posté le 16.09.08 à 11:18 
C'est en effet une sombre merde dénuée d'humour, d'ironie et de poésie. Film
et adaptation foirés.
De tata, posté le 16.09.08 à 19:54 
Ce que je voulais dire c'est que la compet' pour le film le plus nul de l'univers (ou simplement de l'année) est assez sévère.
http://www.imdb.com/chart/bottom
De Pit, posté le 22.09.08 à 10:04
De par mon auguste perversion qu'est l'adoration des films pourris, la question que je te pose Dereck , est: Postal est il un bon nanar ou un gros navet? Ca a l'air alléchant de nullité :D
De serge, posté le 27.10.08 à 09:39
Salut,
Je dirais peut être pour un cinéphile passioné de grosse productions, ou d'histoire magnifique... Postal est une poupelle en écran.
Mais, donné ça un jeune... Il pensera tout le bien de ce flim !
De Prof, posté le 27.10.08 à 11:17 
Parce qu'être jeune, c'est avoir moins de goût qu'un cinéphile passionné ? Il n'y a pas de jeune cinéphile ? Et il n'y a pas de vieux cons peut-être ? Mais quel florilège d'âneries...