
La martialité austère des Tom Clancy a toujours eu un peu de mal à me séduire. Quitte à bouffer du treillis, la fantaisie de Snake m'a toujours plus attiré que le professionnalisme de Sam Fisher. Quand je me retrouve avec la galette d'Endwar entre les mains, il me faut alors toute la volonté du monde pour m'immerger dans l'univers guerrier high-tech qu'on avait pu découvrir dans GRAW 2.
Sur fond de 3e Guerre Mondiale autour de ressources naturelles au prix du caviar, les Etats Unis, l'Europe fédérée et la Russie se lancent s'affrontent pour la suprématie globale. Sans vous spoiler, sachez que les Russes sont des enfoirés, les américains sont affligés d'un gros complexe de supériorité, pendant que les Européens se font entuber. Tellement contemporain dans son anticipation.
Endwar a été "vendu" en tant que STR entièrement gérable à la voix. Il l'est, et la reconnaissance vocale fonctionne très bien, avec peu d'étalonnage. Il est toutefois nécessaire d'appuyer sur une gachette pour enclencher le voice, et de se servir de la caméra d'unité pour voir arriver l'ennemi. Le véhicule centre de commande a beau disposer d'une carte pour simplifier les ordres, rien ne vaut une vue d'ensemble et un contact visuel pour estimer la progression des unités adverses.

La voix permet une réaction plutôt rapide, et une anticipation de l'action à mi-chemin entre la carte stratégique et les actions à la manette. Les ordres sont assez complexes pour que l'on puisse à la fois grouper des unités, transporter de l'infanterie, opérer une formation serrée, pilloner et obtenir un support aérien précis sans pleurer de rage.
En revanche, les pauses sont nécessaires. Parce qu'au bout du 47e "Unité 1 attaquez cible 3", le cerveau commence à saturer.
Endwar n'est pas spectaculaire graphiquement, et sa propreté nous met face à ses défauts de conception. Les temps de chargement sont terriblement longs et intempestifs, tout comme les sauvegardes, redondantes après victoire/défaite et lorsqu'on revient au menu. Les doublages, réalisés par des acteurs mormons, sont plus audibles en anglais qu'en français, mais vous pouvez toujours vous brosser pour un quelconque sous-titre. C'est d'autant plus agaçant qu'Endwar est très bavard, souvent pour aligner des one-liners foireux en fin de monologue.
Des sous-titres auraient été bien nécessaires lors des briefings et débriefings de mission, pour synthétiser l'impact des affrontements, parce qu'on finit par résumer les combats à leur objectif primaire, apparenté à leur type. Entre conquête, assaut, raid et siège, on a vite fait le tour des possibilités.
La customisation de son unité est en fin de compte assez limitée, avec seulement des upgrades logiques, et des camouflages un peu passe-partout. C'est même un peu décevant de voir que l'armée russe n'a que "marécage" ou "forêt" alors que la plupart des missions sur son sol se font dans la neige. Etonnant manque d'à propos.
Malgré sa froideur et ses lourdeurs périphériques, Endwar est un STR convaincant. Alors que le mode solo sert surtout à prendre ses marques, comme Chromehounds le faisait, le mode multi vous laisse bien plus libre de choisir votre terrain et vos opportunités. On pourrait presque dire que c'est ainsi que le STR sur console aurait dû être fait, simplifiant l'interface, justifiant l'utilisation du micro pour autre chose que le smack talk.

Pourtant, ce qui m'a ulcéré, c'est le pathfinding débile. Endwar a beau afficher d'indéniables qualités de STR lustré supervisé par des vétérans, il lui manque ce qui le différencie entre un ballet stratégique et la valse des frustrations. Jamais je n'ai demandé à mon infanterie de traverser l'escarmouche entre blindés, jamais je n'ai envoyé mes hélicos survoler l'artillerie, jamais je n'ai dit à mes tanks de prendre le périph alors qu'ils étaient sur l'avenue principale en ligne droite vers leur objectif.
On se retrouve obligé de prendre les unités par la main et leur imposer des points de ralliement pour éviter la catastrophe. Endwar peut en devenir fatiguant, voire épuisant face à de fins stratèges.
C'est dans ces situations que la grossière mécanique pierre-papier-ciseaux nous saute aux yeux. On regarde vers qui nous envoie la stupidité de l'IA et l'on croise les doigts si la logique nous met en position de force.
Endwar est ainsi à la fois simple et fastidieux. Limpide à jouer, laborieux à vivre.
J'aurais dû me souvenir que j'avais signé pour en chier.