
Rien comme rien d'important, rien comme la sensation de vide qu'on ressent devant la composition d'un jardin centenaire. Une réplique molle m'a tiré de mon sommeil, une ombre de tremblement de terre qui m'a donné l'opportunité d'un bain matinal dans la grande salle d'eau de l'auberge. Une fois le homard bien cuit, j'étais prêt à suer une seconde fois sous le soleil émergent de Tokyo.
Après l'effervescence de Shinjuku, Shibuya et Kabukicho, j'avais envie de végéter dans un endroit calme et de prendre racine, de transpirer au calme.
Mon choix s'est porté sur le Jardin Rikugien, un jardin décoratif basé sur thème de la poésie Waka construit pendant la période Genroku. Il fut créé par un ami proche du shogun Tsunayoshi Tokugawa, Yoshiyasu Yanagisawa.
Les travaux du jardin Rikugien commencèrent en 1695 pour s'achever en 1702, soit à peine 7 ans avant la retraite de Yoshiyasu et 12 ans avant sa mort. De type classique avec un lac et une colline, le Rikugien possédait à l'époque 88 points de vue, chacun représentant une expression végétale de la poésie Waka.
Celle-ci est une forme regroupant plusieurs types de poésies japonaises basées sur une structure chinoise, et le nom Rikugien fait référence aux six catégories de poésie chinoise, Riku étant la forme chinoise de Roku, "six" en japonais.
Yoshiyasu Yanagisawa était également le Wakashu de Tokugawa, c'est-à-dire qu'ils vécurent une forme de "pédagogie érotique" en vogue chez les samurai de l'époque. La pratique est tombée en désuétude avec l'arrivée du christianisme, mais cela n'empêche pas les gens de confondre Wakashu et Wakashū, en référence au Kokin Wakashū. Ce recueil de poésie, qui servit de base au jardin, n'est pas un nom transparent pour une compilation de poèmes grivois parlant d'un coquin damoiseau, mais plutôt un ouvrage de référence en matière de Waka.
La poésie Waka a assez marqué son époque pour devenir un mode de communication à part entière, des poètes qui s'estimaient correspondaient par poèmes interposé, de même que certains jeunes couples qui voulaient préserver leur vie privée.

Depuis Yoshiyasu, c'est Iwasaki Yataro, le fondateur de Mitsubishi et propriétaire du jardin Kiyosumi, qui fit l'acquisition du lieu, avant que sa famille n'en fasse don à la ville de Tokyo en 1938 pour l'ouvrir au public.
Le Rikugien est une mise en scène à chaque volée de marches, à chaque arbuste. Les plantes sont taillées en permanence pour maintenir les compositions dans leur forme d'origine.
Si rien ne semble bouger lorsqu'on s'assoit pour discerner les intentions de Yoshiyasu, on perçoit néanmoins les clapotis du lac, les ondulations de l'eau provoquées par les tortues et les carpes qui l'habitent. Le jardin n'est pas immobile pour autant, puisque les différentes périodes de floraison entretiennent un cycle de couleurs auquel participent les mimosas, les cerisiers et les camélias de ses allées.
Frôlé par un vent tiède, je me disais que je n'avais rien vu de remarquable aujourd'hui. Rien d'aussi remarquable que le Rikugien, en tous cas.
De Aymar, posté le 13.08.09 à 17:54 
Si tu ne publies pas ces articles, je le ferais! ^^
Magnifique et te voir parler de poésie et d'homosexualité chez les samuraïs (je conseille l'excellent film Taboo), devrait ouvrir les yeux aux personnes qui n'ont pas la chance de connaître l'homme derrière le testeur ;)
De Otak, posté le 13.08.09 à 17:57 
Mon chers dereck, si les photos du jardin rikugien pouvais être dispo dans un lien flickr ou autre je t'en serais très gré :D
De Zapan, posté le 14.08.09 à 12:55
Pourquoi "nous ouvrir les yeux" ? L'homme derrière le testeur c'est son mec ?
Sinon : oui, tes articles sont géniaux ; bravo.
De Funnymine, posté le 15.08.09 à 01:09 
C'est pas Dave Perry son mec ? Bel article sinon. De quoi briller en soirée mondaine. Et je me joins à Otak pour réclamer le lien Flickr.