
Kyoto était la promesse d'une respiration au cours de ce voyage au Japon. Un changement d'air me ferait du bien. La mégalopole et sa foule compacte me pinçaient les nerfs. Je quittais donc hier Tokyo pour l'ancienne capitale impériale, me remémorant les souvenirs de ma visite précédente. Les allées ensoleillées, les petits restaurants et le calme de Kyoto refaisaient surface entre deux glaces au Daiquiri.
Une fois les valises posées dans l'appartement qui servirait de base pour une semaine, je m'endormais en pensant fermement que Kyoto serait un break salvateur. La popularité des temples locaux allait me donner tort, tellement tort que je me suis demandé quel enfoiré avait transformé Kyoto en village Club Med Tunis.
Dans la liste des choses à voir dans la ville se trouve le Kiyomizu-Dera, un groupement de temples bouddhiques qui condense de très belles pièces d'architecture, installées sur le point culminant d'une ville en terrain plat.
Construit vers la fin du 8e siècle par Sakanoue no Tamuramaro, l'édifice principal baptisé Otawasan est entouré d'autres temples plus petits qui datent quant à eux du début du 17e. L'ensemble doit son nom à la chute d'eau qui clapote en contrebas. Kiyo mizu signifie "eau pure", une appellation contrôlé par les prêtres du lieu qui lui accordent des vertus curatives.
Le temple central est également célèbre pour sa prouesse architecturale et la légende qui en est tirée. Sa plateforme à flanc de colline est soutenue par des centaines de piliers imbriqués, un assemblage parfait qui défie le temps et la gravité, offrant une vue imprenable sur Kyoto et la forêt du parc pour qui n'a pas le vertige.
La fin de Tigre et Dragon, où Zhang Ziyi se jette du haut d'une cascade en disant que son souhait se réalisera si elle survit à la chute, n'est pas une anecdote isolée dans les légendes asiatiques. Le Kiyomizu-Dera possède la même, puisqu'une histoire de l'époque Edo racontait que quiconque survivant à un saut depuis la plateforme du temple verrait son vœu exaucé.
L'histoire a donné naissance à une expression idiomatique, "Kiyomizu no butai kara tobioriru", un équivalent japonais de "se jeter à l'eau". Les registres d'alors comptabilisent 234 candidats au saut, avec 85% de réussite. Une végétation touffue et seulement 13 mètres de haut n'auront pas suffit à faire du Kiyozumi-Dera un défi mortel.
Les eaux du Kiyomizu-Dera sont quant à elles populaires depuis la construction du complexe dans tout le Japon. La chute Otawa-no-taki, voisine du temple Otawasan, déverse trois bras dans un bassin autour duquel se pressent les visiteurs. Dans l'ordre et la bonne humeur, les pèlerins font la queue avec leur coupelle à la main pour aller boire l'eau et espérer bénéficier de la longévité et de la santé qu'elle doit procurer.

Ce n'est pas le seul endroit du Kiyomizu-Dera où religion et magie se rencontrent, puisqu'en haut d'une volée de marches, le Jishu-Jinja accueille les célibataires et les jeunes couples. Le lieu est dédié à Okuninushino Mikoto et son lapin messager, un dieu qu'on prie pour favoriser les rencontres amoureuses et tomber sur la bonne personne. La particularité de l'enceinte du temple repose sur les deux pierres d'amour qui émergent du sol de sa cour. En essayant de rejoindre les deux points les yeux fermés, les célibataires se garantissent les faveurs d'Okoninushino Mikoto.
Juste à côté se trouvent une paire de peupliers particuliers, au dos duquel les femmes jalouses venaient clouer des effigies en paille de leurs rivales, les maudissant pour se venger d'une liaison ou les écarter d'un prétendant. On peut encore voir sur les troncs les dizaines de trous de clous creusés par des femmes désespérées.
Tout autour de ces reliques et de ces statues, les marchands du temple. Et autour des marchands, des centaines de touristes. Le Kiyomizu-Dera est une sorte de Tour Eiffel du temple bouddhique sur laquelle s'agglutinent les curieux, les dévots et les touristes comme des mouches sur un pain de sucre.
Je suis l'une de ces mouches. J'ai remonté l'avenue Gojo-Dori jusqu'au pied de la colline, j'ai sué sous le soleil de midi pour arriver aux premières marches saintes, pendant que d'autres se faisaient déposer en Taxi ou en pousse-pousse à quelques mètres de là. En fait, je me sentais dépossédé de ma rencontre.
La plateforme est surchargée de monde, les chaussures s'alignent en brochette nauséabonde devant l'autel de l'Otawasan. Alors que certains prient pour la prospérité, je me surprends à prier pour que tous se figent au moins le temps d'une contemplation.
Par curiosité, j'ai bu l'eau de l'Otawa-no-taki, seulement deux sources et pas trois, que les dieux ne me punissent pas pour ma cupidité.
En fermant les yeux, j'ai demandé le silence. Quelques heures plus tard, la nuit était tombée sur les bords de la rivière Kamogawa. De rares sonnettes de bicyclettes venaient couvrir le bruit des flots qui se brisaient en dévalant le lit en escalier.
Mon vœu était exaucé, je n'avais qu'à savoir où partir en pélerinage.
De Dennis, posté le 20.08.09 à 19:03 
Content de te retrouver parmi les touristes . Longue vie au buveur d'eau ! et ,cool boy ,cool...
De vrill, posté le 21.08.09 à 04:43 
Si tu veux eviter les touristes je te conseille de randonner un peu le mont kurama pres de kyoto, avec cryptomeres sacres millenaires et autres jinja (bien sur finir par un roten buro)
Aussi ce qui est bien a kyoto c'est que tu peux faire pas mal de trucs en velo (souvent plus rapide que le bus !), a toi la location (ou "l'achat temporaire" d'occase)
De adnstep, posté le 21.08.09 à 17:16 
Ils ne peuvent pas faire qq chose pour enterrer les fils électriques et téléphoniques ?
A moins que ce soit impossible à cause des tremblements de terre ?