
Le temps de reprendre mes marques dans Tokyo, je peux vous parler de ma dernière visite aux alentours de Kyoto, sur l'un des sites les plus célèbres de l'archipel : Le château d'Himeji. On peut le considérer comme un Versailles Japonais, puisqu'il est le château le plus représentatif de l'architecture défensive et décorative des forteresses à vivre du Japon féodal.
Son jumelage culturel avec le château de Chantilly en France, donne une idée de son rayonnement dans l'occident. Bien qu'Himeji n'ait jamais été une résidence Impériale ou Shogunale, son processus d'expansion et l'inventivité de ses dispositifs en font un exemple parfait de la stratégie de siège japonaise.
Le château d'Himeji date du milieu du 14e siècle, une époque où il était appelé Himeyama, la montagne de la princesse, et pas encore Hakurojo, le château du héron blanc. Tout débuta en 1331 par un camp retranché à la base du mont Himeji, juste à côté du temple Shomyoji. Lorsque la famille Akamatsu fut destituée après la guerre Kakitsu, un autre clan la remplaça quelques années avant que les Akamatsu ne reviennent prendre possession de leur territoire après le conflit suivant, la guerre d'Onin.
Le château avait souffert de graves dégâts au cours des affrontements et quand Toyotomi Hideyoshi, le successeur d'Oda Nobunaga, pacifia la région pour son seigneur, il prit en main la reconstruction et la restauration du bâtiment.
En 1580, il fit ériger par son grand stratège Kuroda Yoshitaka une tour de trois étages dans l'enceinte. Vingt ans plus tard, Ieyasu Tokugawa réattribua Himeji à un de ses vassaux après le carnage de Sekigahara, une victoire majeure qui lui donna les pleins pouvoirs sur le Japon.
Ikeda Terumasa, nouveau propriétaire d'Himeji, se lança dans un chantier de neufs ans pour consolider et développer la structure d'origine. Au terme du projet, le château avait globalement la forme qu'on lui connait aujourd'hui. La galerie Ouest, avec le quartier des femmes et la tour de la princesse Sen, sera la dernière addition importante du château en 1618.
A la fin de la période Edo, après la restauration Meiji et l'abolition du système Han, Himeji fut mis aux enchères et vendu pour 23 Yens de l'époque, plus des fonds publics.
Par miracle, et malgré les bombardements de la seconde guerre mondiale, le château resta intact, alors que la ville fut quasiment rasée. Son état de conservation attire aussi bien les cinéastes étrangers que les réalisateurs japonais, puisqu'on peut l'apercevoir dans "On ne meurt que de fois" en tant que base de Tiger Tanaka, dans Ran et Kagemusha d'Akira Kurosawa, et dans de nombreuses reconstitutions télévisuelles.
Un peu comme Vaux-le-Vicomte chez nous sert de Versailles de remplacement, Himeji fait la doublure lumière pour les châteaux d'Osaka et la résidence shogunale du vieux Tokyo.
Ce qui fait réputation d'Himeji repose sur son schéma défensif, très élaboré, qui n'a pourtant jamais eu l'occasion d'être testé. Les bâtisseurs et stratèges qui se sont succédés ont chacun injecté leur idée dans l'édifice, ce qui en fait un laboratoire architectural à la Vauban.
Au nombre des innovations que compte Himeji, on peut compter les meurtrières à clapet, l'écoulement des eaux par le chambranle des fenêtres, les caches à armes et les porte-munitions encastrés dans les murs, reposant sur les énormes clous de charpente, mais surtout une optimisation de l'espace étonnante.
Alors que les portes doublées de métal peuvent donner une sensation de sécurité, c'est réellement le cheminement dans les allées du château qui en font sa meilleure défense. Il faut savoir que chaque chemin est en contrebas d'un mur sur lequel donnent des meurtrières, ou menant à des postes de gardes embusqués.
L'un d'eux, nommé "cage de police" est doté de fenêtres barrées de poutres fines qui laissent les défenseurs passer leurs lances et poser leurs fusils pour surprendre les assaillants dans leur angle mort, en haut d'une volée de marches.
Concrètement, Himeji a été amélioré pour que quiconque veuille arriver au donjon doive suivre un circuit qui l'expose aux tirs des habitants. Il oblige à rester à découvert, en alternant couloirs et jardins bas.
L'ingéniosité d'Himeji se perçoit à travers d'autres éléments comme les nombreux puits en cas d'incendie, les murs bâtis en torchis friable qu'on pouvait abattre pour bloquer une allée et les dortoirs en lit superposés situés dans les étages supérieurs.
Les historiens n'ont jamais vraiment compris l'utilité de petites pièces au coin des étages élevés, qui pouvaient apparemment contenir plusieurs soldats et leur permettre de faucher un envahisseur en tir croisé, par surprise. Les murs sans porte visible camouflent ces pièces en éléments de décor, en colonnes larges. Une fantaisie architecturale qui n'a elle non plus jamais eu à prouver son efficacité.
Pour les amateurs de forteresses féodales, Himeji est une merveille, il est d'une inventivité à couper le souffle comparé à nos ponts-levis et nos machicoulis. La déambulation en spirale dans le château d'Himeji donne le tournis quand on découvre qu'à chaque coin de mur, un piège ou une impasse.
En voyant les pierres tombales extirpées des cimetières voisins pour compléter les fondations pendant la pénurie de roche, je me demandais si les propriétaires n'étaient pas impatients de se faire assiéger pour essayer leur jouet. S'ils attendaient avec la même fascination qu'on guette le fromage d'une tapette à souris jusqu'à ce qu'un mulot vienne se faire écraser dans les mâchoires de métal.
Himeji est une résidence guerrière alors que Versailles est la résidence d'un Roi guerrier. Chacune exprime à sa façon la manifestation d'un pouvoir belliqueux, par son choix de matières et de structure.
Les murs blancs d'Himeji cachent autant de pièges que de légendes. Ici, c'est la cour du Seppuku, là, c'est une oubliette grillagée d'où l'on jurerait entendre la faible voix d'O Kiku comptant jusqu'à neuf
La grande histoire ne retient qu'Akamatsu et Toyotomi. La petite se souvient de la jeune O Kiku, qui se jeta dans un puits pour avoir perdu un des dix plats d'or de l'empereur.
Après une ronde et un coup de tampon sur ma carte du château, je m'éloigne du donjon, puis des remparts, persuadé d'en avoir exploré tous les recoins secrets.
Les fantômes d'Himeji, quant à eux, me regardent partir à travers les yeux d'une centaine de meurtrières. Et comptent silencieusement jusqu'à neuf, avant de refermer leur placard.
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De nathan, posté le 25.08.09 à 17:53 
Alors Dereck, et ton lavement ?
Ca a donc vraiment mis tant de temps que cela ?
(pas de report pour les days 17 et 18)
De Dereck, posté le 26.08.09 à 05:03 
Nathan> Envoie ton gros chèque à la "Fondation Dereck pour des fins de mois plus gaies" et je me ferai un plaisir de travailler samedi-dimanche pour tes beaux yeux. :D En attendant, tu fais avec ce que je publie. Je suis censé être en vacances, quand même, merde. ;)
De Dennis, posté le 26.08.09 à 13:54 
Tu dois être bien fatigué pour répondre aussi sèchement à un de tes lecteurs . On t'aime bien et les jours sans reportages ,tu nous manques ...voilà...