Devant l'amour que le Japon porte à la France, je me suis dit que la meilleure façon de lui rendre cette affection serait d'essayer les équivalents gastronomiques de nos spécialités. Une expérience Wine & Cheese avec de la cochonnaille en entrée pour se donner soif, pour se donner du courage.
Le Japon possède en effet ses vins et son camembert. Le vin est souvent exporté du chili, quand ce n'est pas un beaujolais refourgué par nos propres négociants.
La vigne japonaise est assez peu répandue, sachant que les premiers pieds sont arrivés du Portugual avec les missionnaires. Ce n'est qu'au 19e siècle, que l'implantation de vignes américaines, presque toutes détruites par le Phylloxera, que le Japon tenta de développer son propre raisin acclimaté.
Ainsi furent créés le Muscat Bailey A et le Black Queen, deux sortes de raisin qui, une fois mélangé à d'autres grappes, donnent un résultat proche d'un Bordeaux ou d'un Bourgogne plus souple. J'entends d'ici les puristes qui grincent des dents, mais ces puristes risuent de se fendre une molaire en apprenant que les japonais ont jusque dans les années 70 ajouté du miel au vin pour en amoindrir l'amertume.
Une faute légère comparée au label AOC japonais qui englobe n'importe quel jus de raisin fermenté sur le sol de l'archipel, laissant les entreprises importer du jus de raison, le transformer selon l'envie pour obtenir le type de vin recherché. Il aura fallu attendre 2002 pour voir émerger un concours viticole dédié aux vins issus uniquement de vignes nippones.
En comparaison, le "Camemberu" japonais parait moins transgressif, le fromage étant fabriqué sur l'île d'Hokkaido. La charcuterie est elle aussi produite localement, car le japon possède quelques élevages de porcs qui viennent égayer les Yakiniku de leurs tranches de lard.
Au banc d'essai ce soir, le Bon Rouge de Mercian, le camembert d'Hokkaido et le saucisson sec poivré en tranches de la marque Natori.
Le sauciflard
L'aspect des tranches, si la forme est respectée, s'avère étrange sur la couleur, assez sombre. Quand on sait que les boucheries japonaises se font une fierté de présenter une viande écarlate et luisante de fraîcheur sur ses étals, déballer des tranches rouge-noir ne fait pas bonne impression. Le gras de porc semble découpé en morceaux cubiques, le boyau qui entoure la viande a une texture plastique. Le produit est industriel, et je commence à comprendre pourquoi il y a autant de poivre sur le bord des tranches.
En bouche, la viande est salée, caoutchouteuse, et le poivre révèle son utilité. Cacher la saveur de charogne du saucisson, qui semble subitement avoir été préparé avec tous ce que les bouchers ont refusé. C'est un peu comme manger de la merguez premier prix séchée sur un radiateur. Le principe est le même : beaucoup d'épices pour masquer les relents de cadavre, du colorant, des morceaux bons à jeter remis en circulation après transformation.
De toute évidence, le saucisson japonais est plutôt odieux, mais tellement salé que je dois déboucher la bouteille de Bon Rouge pour chasser l'arrière-goût de charnier.
La vinasse
Mercian est un entrepreneur malin. Il a su créer une recette de saké synthétique (sic) et consolider des partenariats avec des exploitations américaines et françaises pour satisfaire une clientèle curieuse de saveurs occidentales.
Le Bon Rouge est un nom qui définit avant tout une gamme. Son équivalent Bon Blanc pour le vin blanc se voit décliné de la même façon en versions Plus, Light et Bio. Le Bon Rouge est marketé comme une boisson bénéfique pour la santé, riche en polyphénols. Le label "organic wine" est d'ailleurs décerné par Mercian lui-même, qui définit ses critères de sélection. Les étiquettes sont laconiques, sur la provenance du raison, et le site corporate se contente de vanter ses médailles obtenues à l'étranger.
De robe pourpre, de belle couleur, le Bon Rouge affirme son identité. Pas de tanins au fond de la bouteille, les années et les millésimes ne font pas partie des informations pertinentes pour le consommateur lambda. Il faudra donc le goûter pour se rendre compte que le Bon Rouge est un picrate tirant sur le Beaujolais ou le bordeaux trop jeune, très doux et sucré, doté d'arômes probablement dûs à un mélange de cépages.
Le Bon Rouge glisse sur le palais, il trahit son immaturité et l'adjonction potentielle de copeaux pour lui donner l'arôme boisé d'un fût traditionnel.
Me voilà à boire sans soif, à boire sans envie pour me rincer la bouche sans pouvoir recracher. Trônant dans son assiette, le fromage, le plat de résistance de ce carambolage gustatif.
Le claquos
Le camemberu d'Hokkaido est célèbre sur l'archipel, grâce à son emballage et à son quasi-monopole dans la grande distribution. Il n'est pas donné, mais à trois euros contre 12 pour un Camembert Président basique importé, on se laisse tenter malgré tout. Les trois couleurs de la France flottent sur le bandeau du produit, avec en arrière-plan, l'île d'Hokkaido en aplat doré. La photo est flatteuse, un peu trop même, comme ces hamburgers bouffis de sauce et de viande sur le menu des fast-food, détournant notre attention d'une sandwich avachi, humide et empilé n'importe comment. L'emballage intérieur, en double couche plastifiée, protège un fromage qui, s'il a l'apparence du camembert n'en a quasiment aucune propriété.
Une fois sorti de son second plastique, on a l'impression que le camembert a sué dans son film. En plongeant le couteau dans la pâte, on traverse une croûte très fine qui sert uniquement à empêcher l'intérieur de gerber dehors. Le camembert d'Hokkaido est crémeux, presque liquide du cœur à la croute, possédant une apparence aussi étrange que son goût. Il se situe entre le chèvre fondant et le pavé pavé d'Affinois, avec une touche de PVC d'emballage. Vu le résultat de la fermentation, le Camembert d'Hokkaido est probablement pasteurisé, ce qui lui donne le même pedigree que les Brie en latex des prétendues fromageries américaines.
L'entreprise fait bien de mettre des vaches sur la boîte, pour nous permettre d'identifier d'où provient le lait. Parce que rien, de la consistance au goût ne permet vraiment de catégoriser ce fromage. Rien d'étonnant à ce que Pizza-La et Pizza Hut vendent des pizza au Camembert local, présenté dans les publicités télévisée comme une sorte de fromage filant-fondant qui répand son contenu façon coulée de boue.
En dépit de tout cet amour que le Japon nous porte, il faut reconnaître que leurs ersatz sont assez mauvais. Pour être honnête, ils sont même franchement dégueulasses.
Japon, laisse-moi te le dire droit dans les yeux, avant que l'ambulance ne m'emmène à l'hôpital pour un lavement. Si tu aimes la France, laisse sa bouffe tranquille.
De MMoi, posté le 24.08.09 à 12:45 
Joli reportage...
on est apparemment mieux servi de ce cote de la mer (de l'Est / du Japon) niveau fromage, avec un camembert Coreen pas mauvais (ainsi qu'un Australien dans les meme normes). Avec un president (petite portion) dispo autour de 5 euros, on se sent moins depouilles. On trouve aussi des sachets de babybel a 4 euros, et autre boites de kiri a 3 euros...
Pour le vin il veut mieux ne pas penser Coreen, c'est pas de l'ordre du buvable. Par contre le vin est international maintenant, on trouve du bon Chilien un peu partout et du Francais aussi, pour peu qu'on veuille mette les moyens (10 euros mini pour une bouteille correcte)
Par contre la charcuterie, sacree trouvaille ! Rien de tout ca ici (meme pas la moindre chipo pour le barbeuc, sauf chez Costco)
Et en cherchant bien, on peut trouver tout ca moins cher (negociants en vin qui refourguent les bouteilles a l'etiquette abimee pour pas cher, Costco et ses prix de gros...)
Haa le merveilleux monde de la gastronomie Francaise a l'etranger ;)
De Sherlock, posté le 24.08.09 à 15:37 
Mieux vaut ne pas essayer de retrouver ailleurs ce qu'on apprécie chez soi ...Ceci étant valable partout . " As in Rome ,do as the Romans do ".
De Cytoplasm, posté le 24.08.09 à 19:22 
Bravo d'avoir essayé tout ca. Dur métier que blogueur JV!
Tu devrais quand même préciser qu'on peut trouver assez facilement au Japon des boulangeries/patisseries à la francaise avec du pain et surtout des croissants assez corrects.
De Clem, posté le 24.08.09 à 22:28 
Excellent ce reportage. J'en appréciais d'avantage mon verre de vin :D
De Beaujolpif, posté le 24.08.09 à 22:39 
Ah les bon vieux clichés sur le beaujolais, le vin de copains, la picrate annuel du nouveau vin...
Un excellent article de sieur Azimov du New York Times à cette adresse (http://www.nytimes.com/2009/08/05/dining/reviews/05wine.html?_r=1&scp=1&sq=beaujolais&st=cse), sur les
CRUS du Beaujolais (et oui ça existe et c'est autre chose que la soupe que vous buvez la haut à la ville... :) ), qui a eu lui au moins le mérite de se déplacer chez les vignerons du Beaujolais, passionnés par leur travail d'artisan.
Allez sans rancune, c'est pas le style de nos bleds :).
P.S. : Désolé pour le trolling mais bon ça m'énerve de plus en plus cette méprise au sujet du beaujolais. D'ailleurs si jamais vous passez par Juliénas, ça se prononce Julién
A et pas Julién
ASSE bande de buses. C'est vrai quoi, quand vous allez voir le Mont-Blanc vous allez pas à Chamon
IXXE, nom d'une bite en bois.
De Dereck, posté le 25.08.09 à 04:04 
Beaujolpif> Tout à fait d'accord, mais une lecture plus appuyée t'aurais permis de remarquer que je parlais de "
beaujolais trop jeune" ou de celui qu'on daigne exporter au Japon. Ce dernier, que j'ai essayé aussi, est d'ailleurs appelé "
Beaujolais Nouveau", sans autre précision, et s'approche du cubi de gros rouge mélangé.
Nous avons de très bons beaujolais, mais je ré-affirme que ce que j'ai goûté se rapproche de nos pires jajas, tirant sur le bordeau en brique et le beaujolais au pseudo-goût de banane à 1€ la bouteille chez Franprix.
Le "
Bon Blanc", quant à lui, fait penser à un bourgogne aligoté raté. Comme quoi.
Cytoplasm> "Assez corrects" ? Ca se voit que t'as pas bouffé des brioches en latex qu'on a osé mettre en forme de croissant. :D
De Cytoplasm, posté le 25.08.09 à 18:52 
Dereck> Fallait pas acheter de croissant au combini, malheureux!