Ron Gilbert, Game Designer, nostalgeek
"L'équipe originale de Monkey Island comprenait seulement sept personnes. {...} Le budget entier de Monkey Island était de 135.000$ et c'était un jeu AAA à l'époque. Les équipes étaient petites, les budgets aussi, et tout cela était nouveau. Il y avait très peu de règles, et vous les écriviez au fur et à mesure. On faisait des jeux vidéo parce qu'on avait une bonne idée, et l'inspiration était souvent notre seul processus de validation.
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L'industrie du jeu vidéo aujourd'hui, c'est seulement ça. Une industrie. Certains jeux proviennent d'une inspiration brute, mais il n'est pas rare qu'ils naissent d'un plan marketing, de tests ciblés, de stratégie d'entreprise.
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{En opposition à cette tendance, la scène indépendante se compose} de petites équipes, faisant de petits jeux nés de la passion pure, des petites équipes qui essaient de nouvelles idées et qui repoussent les limites.
Ils ont la liberté d'échouer. Ils ont la liberté d'être différents, et la liberté d'aller au-delà de ce qui est sans danger. C'est ce que les grosses entreprises ne peuvent pas faire. Les grandes boîtes doivent vivre dans la sécurité. Elles ont peur de l'échec. Et les jeux indépendants ont la liberté d'être meilleurs.
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Lorsque les jeux indépendants essaient quelque chose de nouveau, et repoussent leurs limites, nous devons le célébrer. Peut-être qu'ils trébuchent et tombent, mais c'est okay. Ils essayaient quelque chose de mieux, quelque chose de différent. Emmener le médium dans un nouveau territoire."
Lorsque Ron Gilbert parle de l'industrie du jeu vidéo au début des années 90, on a l'impression d'entendre un octogénaire qui nous raconte ses mémoires d'avant-guerre.
Quasiment chaque souvenir pourrait être précédé par "de mon temps", tant l'époque dont il parle nous semble loin. L'industrie du jeu vidéo telle qu'elle était il y a 20 ans n'avait pas cette dimension industrielle et hypocrite, dont Nintendo ou Activision sont les meilleurs exemples.
Ron Gilbert nous parle d'un temps, que les Kevins sur Halo ne peuvent pas connaître. Refrain connu. En entendant Gilbert se remémorer Monkey Island, on comprend mieux pourquoi il voit dans la scène indépendante une niche nécessaire pour le jeu vidéo. Il y voit le même foisonnement et le même chaos euphorique qu'il avait connus auparavant. C'est cette dynamique qui a amorcé la croissance de l'industrie, pour la voir passer de l'adolescence bordélique à l'âge de raison.
La scène indépendante serait donc le demi-frère de l'industrie vidéoludique. Un adulescent qui va de petit boulot en job foireux, l'artiste mal inséré qui serre les dents en fin de mois.
L'industrie, quant à elle, est cet adulte qu'on redoute tous d'être, mais qu'on finit souvent par devenir. Un cadre en CDI qui travaille comme un robot jusqu'à la retraite. Un individu cost-effective pour qui s'amuser s'exprime en relevant le col de sa chemise en boîte de nuit, après un repas d'affaires.
Ron Gilbert refuse encore le costume, il préfère laisser l'industrie se pendre avec sa cravate.
- Via - Crédit photo ©Haroldito sur Flickr -
De Glam, posté le 07.09.09 à 13:06 
C'est marrant, j'ai réalisé il y a quelques jours que je jouais aux JV sur galette "parce que c'est marrant" et aux jeux flash/téléchargeables pour la personnalité et la passion qu'ils dégagent. Ca devrait pas être l'inverse ?
De bouboule, posté le 07.09.09 à 14:10 
On est quand même arrivés très près de ce qu'il se fait au cinéma, avec des blockbusters réglés au millimètre et dont la fin est modifiée en fonction des réactions d'un panel de beta-spectateurs histoire de maximiser les chances de bouche-à-oreille positif, avec des acteurs qui se doivent d'être "bankable" même si au final ça fait bizarre de voir la même tronche pour deux rôles trop différents (Mario & Johnny Depp, même combat), etc.
En fait le monsieur a surement raison : plus les budgets sont gros et plus les couilles sont petites.
Je n'ose même pas imaginer la grosse gelée que va être Avatar...
De Tomakun, posté le 08.09.09 à 10:42 
Quand je lis ce genre d'article je me dis "Si seulement...".
Tu viens de réveiller un souvenir de enfouit profond avec la roue de sécurité de Monkey Island. Je l'avais sur ATARI 520 STE.
De FraGG, posté le 09.09.09 à 09:32 
ça me donne toujours envie d'être adulte....