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Le jeu vidéo en France et le marché de l'automobile

Posté par Jypegue le 29.09.06 à 18:57 | tags : david cage, game design, industrie
Bad Day LACe matin, avait lieu à la Cité des Sciences à Paris, une table ronde entre Frédéric Raynal, Benoit Sokal, Michel Ancel, Eric Viennot et David Cage. Hormis les souvenirs personnels des créateurs sur leur premières expériences de jeu, les anecdotes et autres plaisirs minuscules qui sont l'apanage de ce genre de rencontre, on a pu apprécier la volonté de promouvoir la position des créateurs, en opposition au modèle industriel qui a tendance à effacer les personnalités. Ya comme un petit goût de politique des auteurs là dedans et c'est très bien comme ça. Mais tout ça était en réalité un peu fade.
Les sujets qui fâchent étaient mis de côté (protection de l'enfance, addiction, etc.) et les considérations esthétiques ou philosophiques du jeu vidéo étaient à peine abordées. Pourtant c'est bien de l'art du XXIe siècle dont on parle là. On parle bien d'un domaine culturel qui mêle des enjeux esthétiques, narratifs, communicationnels et sociaux.

D'ailleurs, de l'enthousiasme, François Loss, le ministre délégué à l'industrie en avait lui. Il est intervenu pour inaugurer le festival. Il a commencé par vanter les mérites des créateurs français. Il s'enflammait pour cette France qui gagne, pour ces entrepreneurs qui comptent sur la scène internationale, citant Atari ou Ubisoft pour appuyer son propos. Les français sont le fleuron de cette industrie ! C'est vraiment la grande classe.

Alors quoi ?
Les auteurs n'ont pas l'air spécialement enthousiastes donc elle est où l'effervescence dont parle monsieur le ministre ? Peut-être tout simplement que l'effervescence du jeu vidéo français n'existe pas.
J'ai découvert la vérité, la seule et indivisible vérité, dans la deuxième partie de son discours. Le ministre commença à parler plus précisémment de l'univers du jeu vidéo, des écoles qui forment les futurs créateurs. Cette fois il ne parlait plus vraiment, il lisait son papier, et les fautes d'intonation - la prononciation de mots anglophones en français pur souche -  montraient le décalage entre l'enthousiasme précédent et la réelle connaissance du sujet. Le jeu vidéo n'est qu'un concept assez vague dans l'agenda du ministre de l'industrie. En fait il expédie ces quelques phrases pour retourner bien vite au salon de l'automobile !

Avec un grand sourire
il nous dit que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes vidéoludiques. Pourtant Ubisoft l'éditeur, cité par Loss précédemment, est parti s'installer au Canada qui offre 30% de fonds supplémentaires. Les coût de production en France ont augmenté avec l'euro, l'arrivée de consoles Next-Gen suppose un fort investissement. Et les talents partent à l'étranger où ils sont mieux payés. A quoi bon mettre en place un dispositif d'aide à la création de projets si les studios retenus n'ont pas les rond et les personnes pour les mettre en production ? Finalement, c'est là faute à l'automobile si le jeu vidéo français est moribond. Car sans ce foutu salon de la grosse caisse, le ministre aurait participé à toute la rencontre avec nous et il aurait vu l'étendue du désastre. Les automobiles ne sont pas nos amies.

Monsieur le ministre, si vous passez par ici, vous pouvez me répondre en cliquant (avec la souris) sur le lien "réagir ?" en bas à droite de ce petit billet d'humeur.




Commentaires

De Frederico Brinca, posté le 29.09.06 à 20:26 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Remarque sur un détail: la politique des auteurs dans l'industrie du jeu, il ne faut pas être dupe, c'est aussi du marketing, du brand management. Anecdote historique pour la route: quand Sid Meier a voulu faire un jeu de pirates, les gars de Microprose ont un peu paniqué car les simulateurs de vol là c'est vraiment la vache à lait alors quoi Sid merde. Pour finir, comme ils ont constaté que les freaks du simulateur de vol lisaient les modes d'emploi et voyait donc les crédits du jeu, ils ont décidé de mettre la marque Sid Meier en avant.

Cela dit, même si c'est du marketing, ça à son bon côté. Si un produit est clairement identifié par son créateur plutôt que par son genre ou son IP, ça permet, comme pour Sid Meier à l'époque, d'avoir plus de liberté dans le contenu des jeux. Et ça, ça peut pas faire de mal car ça sent sérieusement le renfermé. 



De jypegue, posté le 29.09.06 à 21:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bien sûr la politique des auteurs est utile et légitime d'abord pour les auteurs eux même mais aussi pour les petites mains du marketing qui peuvent apposer le sacro saint "Par le réalisateur de ..." sur la couv'

Le problème du jeu vidéo c'est qu'il est encore très imprégné des processus du logiciel. C'est pas trop dans la culture de la maison de donner des droits d'auteur aux programmeurs, et ça se ressent encore aujourd'hui dans la façon de gérer la rétribution des acteurs du jeu vidéo.

Soit dit en passant, la conférence s'est terminée par une question à Michel Ancel : "Est-ce qu'on aura droit à un Beyond Good & evil" il a répondu "oui" et ça, ça fait chaud au coeur (oui ou wii, j'ai pas bien saisi la différence).

De PROUT, posté le 29.09.06 à 22:32 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Le jeux-vidéo se portera mieux à partir du moment ou il sera considéré comme un art à part entière par le "Grand Public". La révolution est en marche: lentement, mais surement jypegue, tu voulais surement écire Beyond Good & Evil 2, non?

De jypegue, posté le 29.09.06 à 22:53 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'était un test pour voir si vous suiviez. Oui effectivement c'est Beyond 2.

De simon, posté le 30.09.06 à 14:13 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

merci pour ce superbe résumé :)



De Frederico Brinca, posté le 30.09.06 à 18:15 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

"Le jeux-vidéo se portera mieux à partir du moment ou il sera considéré comme un art à part entière par le "Grand Public". " - PROUT

Bon courage! Déjà que l'art contemporain et même moderne ne sont pas considérés comme de l'art à part entière par le grand publique, pas plus que le cinéma ou la bande dessinée...

En plus il faudrait déjà commencer par le commencement: que les créateurs de jeux considèrent leurs productions comme des oeuvres d'art et leur public comme aillant des neurones connectés les uns avec les autres.

J'ai l'impression d'avoir toujours l'air fâché quand je poste... mais je suis pas si fâché que ça je vous jure... en fait pas assez fâché peut-être.



De Hugo, posté le 30.09.06 à 19:03 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

" "Le jeux-vidéo se portera mieux à partir du moment ou il sera considéré comme un art à part entière par le "Grand Public". " - PROUT

Bon courage!"
Pourquoi tant de défaitisme? Peter Jackson va créer son studio de jeux vidéo "De mon point de vue de cinéaste, il est évident que la Xbox 360 est la scène sur laquelle les conteurs d’histoires peuvent travailler leur art de la même manière qu’ils le font aujourd’hui avec des films et des livres, mais en allant encore plus loin grâce à l’interactivité."
Bon, il fait ça avec Microsoft alors qu'on l'aurais plus vu faire ça avec Ubi, mais on va pas faire les difficiles.
Les jeux vidéo finiront tot ou tard par être reconnus comme oeuvres d'auteurs (comme le cinéma et la bédé) et je suis pret a parier qu'en france on sera encore les dernier à le mettre en pratique. On vis dans un pays qui va avoir du mal a admettre que les jeux vidéo puissent être une activité enrichissante d'un point de vue culturel. A part si Luc Besson ou je sais pas quel poind lourd du ciné francais ouvrait son propre studio, on est pas sorti de l'auberge.


De Z-Maste, posté le 30.09.06 à 22:55 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

 "Le jeux-vidéo se portera mieux à partir du moment ou il sera considéré comme un art à part entière par le "Grand Public". "

Je dirais plutot, quand le jeu vidéo sera mis au même niveau que le cinéma. Voir au dessus. Et comme le montre Hugo, ca arrivera bien un jour.



De jypegue, posté le 01.10.06 à 11:16 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
On sera pas les derniers à reconnaître les jeux comme des oeuvres d'auteurs. On l'a déjà fait avec Raynal, Ancel, Cage ou Viennot et puis sokal, bref tout ceux qui étaient là.

Mais le gros problème en France, c'est qu'il y a deux fcamps le nôtre qui sait qu'on peut à peu près tout faire avec les technologies numériques compris un travail d'auteur.
Et l'autre camp qui considère les jeux comme des trucs pour enfants ou des objets dangereux ou immoraux, des trucs qu'il ne faut pas promouvoir. Les politiques actuels sont de ce camp là.

De tofu, posté le 01.10.06 à 11:17 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Fred - "En plus il faudrait déjà commencer par le commencement: que les créateurs de jeux considèrent leurs productions comme des oeuvres d'art et leur public comme aillant des neurones connectés les uns avec les autres."
-
Parce que tu veux apprendre aux créateurs de jeux ce qu'ils font ? C'est fou ça cette envie pressante de vouloir mettre sur les jeux vidéo l'étiquette "art". S'il y a des concepteurs qui ne se posent pas la question et s'en fichent, je vois pas ce que ça change à leurs jeux ?
Y'a des fois j'ai l'impression qu'on brandit ce panneau pour faire passer le message "le jeu vidéo n'est pas que pour les cons", comme si l'art était intelligent par définition.
-
Je n'ai pas assisté à la conférence en question, mais j'aurais trouvé malvenu d'aborder les sempiternelles questions d'ordre "esthétique" et "philosophique". Il me semble que ça intéresse plus les journalistes que les concepteurs ça. J'ai peut-être/sans doute tort.


De jypegue, posté le 01.10.06 à 11:37 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
tofu : les sempiternelles questions d'ordre "esthétique" et "philosophique". Il me semble que ça intéresse plus les journalistes que les concepteurs ça.

J'espère que ça n'intéresse pas que les journaliste mais aussi les curieux, y compris les concepteurs eux même.

En Jeux vidéo, il existe des genres, presque des écoles, qui se sont dessinées avec les années. Ca m'intéresse de savoir comment les petits français se situent dans tout ça et quelle vision ils ont de ce qu'on peut appeller le "dixième art". Ils en ont parlé mais de façon superficielle, c'est dommage.

De Francois LOSS, posté le 01.10.06 à 12:24 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

"Monsieur le ministre, si vous passez par ici, vous pouvez me répondre en cliquant (avec la souris) sur le lien "réagir ?" en bas à droite de ce petit billet d'humeur."

Quelle humilité...
Vous croyez pas que j'ai autre chose à foutre que d'aller consulter un site de geek noyé parmi des milliers d'autres !??



De tofu, posté le 01.10.06 à 12:37 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Question de formulation, je sais pas, mais là ça me dérange beaucoup moins, ce que tu viens de dire. =)
 
En fait je crois que je suis plus branché "histoire" que "philo", du coup je ne comprends pas pourquoi on prend tellement à coeur les débats autour de ce thème sur tous les forums du net. Les concepteurs semblent bien plus à l'aise avec toutes ces notions, et y ont personnellement répondu depuis longtemps !
 
Bref les grandes questions autour du "Jeu Vidéo" me laissent un peu de marbre, je trouve que ça brasse pas mal de vent sans faire progresser grand chose. En revanche, puisque les frenchies ont quand même pas mal de spécificités au sein de l'industrie (enfin moins qu'avant quand même, j'ai l'impression), c'est vrai que c'est intéressant de chercher à définir ce petit truc qu'on a hérité de la french touch des micros des années 80.
 
Ca implique bien sûr de valoriser les auteurs, mais ce n'est pas chose simple à une époque où un jeu peut faire bosser une centaine de personnes. Or parfois pousser un peu trop la notion d'auteur est agaçant aussi (enfin perso, je digère pas que Kojima ait renommé un studio de Konami à son nom et se mette aussi en avant...).


De Hugo, posté le 01.10.06 à 17:49 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Il faut que les auteurs se mettent en avant si leur demarche le justifie. Kojima est un auteur et un vrai, Chaque jeu de la série MGS à un propos qui lui est propre et qui reflete le point de vue de son auteur. Et ce propos est autant appliqué à la trame narrative qu'au gameplay, ce qui en fait une oeuvre cohérente.
Une concepteur ne peut pas se mettre en avant en tant qu'auteur si ses choix créatifs ne servent pas tous un même but qui est de mettre en avant son propos et son point de vue.

Sans point de vue, point d'auteur. Et c'est surtout ça qui manque pour que les membres du "camp d'en face" cessent de considerer les jeux vidéo comme un truc infantile, voir dangereux.


De bengue bengue, posté le 01.10.06 à 18:22 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
tofu : c'est vrai que c'est intéressant de chercher à définir ce petit truc qu'on a hérité de la french touch des micros des années 80.

Ben oui justement et yavait quand même un état d'esprit un peu particulier qu'on ne trouve pas dans la plupart des productions des grands studios.

Je pense à l'arche du capitaine Blood par exemple, c'était quand même fascinant. Envisager le jeu d'abord comme un univers et ensuite réfléchir sur les procédés à mettre en oeuvre c'est une bonne combine. Aujourd'hui on a l'impression que les studios se disent : "j'ai telle technologie, comment pourrais-je l'utiliser ?"

Les moyens précèdent la fin trop souvent, une mauvaise conception à mon avis car on passe à côté de choses beaucoup plus intenses. Au contraire, ICO a d'abord été pensé comme un univers avec une définition forte des relations entre les personnages (ico l'enfant monstre, la jeune fille fragile que le joueur protège, etc.). La technologie d'ICO est un simple jeu de plate forme et pourtant ça marche extremement bien.

De tofu, posté le 01.10.06 à 21:59 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
argh, désolé, le script a merdé, mon post précédent est affreux, transformé en pavé. Vous n'avez qu'à le virer, je reposte avec l'espacement :
   
Quoique Captain Blood n'est pas un bon exemple, dans la mesure où il découle surtout de la rencontre Ulrich/Bouchon. Ulrich a filé un ST à Bouchon, qui a passé son temps à concevoir des algos tordus pour afficher des fractales. De là seulement est né le projet, donc quelque chose de purement technique.
Mais c'est vrai qu'il y avait un travail sur l'histoire et l'univers qui leur était propre, oui !
 
Après il faut admettre que la tendance qu'ont pu avoir les français à vouloir privilégier les univers leur a souvent causé du tort. Il a fallu attendre qu'Ubi se diversifie pour qu'on se remette à vendre en-dehors de la France elle-même.
 
Hugo : se mettre en avant est une chose, pousser ça jusqu'au narcissisme en est une autre. :p
Enfin bon, ça ne change rien à la question, et les concepteurs sont quand même nombreux à avoir une touche propre. C'est une question d'affinités après, mais j'admets éprouver bien plus de sympathie pour un Lorne Lanning que pour Kojima, par exemple. Parenthèse close.


De bengue bengue, posté le 02.10.06 à 12:00 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
?? les jeux français ont souvent bien marché à l'étranger. Infogrames a fait pas de recettes hors de France, c'était dans les années 80, 90. Il y a eu une période de creux (mais ça correspondait à une baisse de vente en France aussi) à la fin des années 90.

En tout cas, je crois qu'il serait bon d'aider un peu l'industrie du jv car tout le mon y serait gagnant : les créateurs, les éditeurs, et le public final.

Ca marche très bien pour le cinéma, ça peut s'appliquer au JV (voir l'exemple canadien ou corréen)

De kwa, posté le 02.10.06 à 15:26 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Citer Atari comme exemple de réussite et de créativité dans le domaine du jeu vidéo français, c'est un peu gonflé. Combien de milliers de personnes virées d'Atari (ex-Infogrames) au dernier plan social, déjà ?... Quel est l'endettement du groupe, déjà ?... Combien d'entreprises de développement de jeux vidéo ont-elles fermées en France depuis 2000 ? Combien de talents sont-ils partis à l'étranger ?

En début d'année, j'ai liquidé mon SSII spécialisée dans le jeu vidéo, suite à un impayé irrattrapable (un an de prestation non payée) de mon principal client qui n'arrivait pas à vendre ses jeux aux éditeurs... Difficile en effet de faire face à la concurrence canadienne (québécoise en particulier) où le gouvernement local subventionnait les postes dans le secteur des nouvelles technologies et où de nombreux de mes anciens collègues sont partis travailler. Difficile aussi de faire face quand on voit les contrats signés en dollars avec des clients américains (car personne ne connaît l'euro aux USA) tomber en valeur de 30 % en euros en l'espace d'un an, ce qui nous était arrivé sur un projet... Or, ce sont des points d'actions sur lesquels seul le gouvernement avait une quelconque emprise. Mais voilà, rien de concret n'a été fait.



De jypegue, posté le 03.10.06 à 11:12 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
La preuve par l'exemple. Désolé vraiment, ça me fait mal de voir un tel décalage entre cette réalité et la perception qu'en ont les décideurs. Bon courage pour la suite !

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