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Dereck in Japan ou l'Odyssée d'un geek en liberté au pays de Shigeru Miyamoto et de Ken Kutaragi. Planquez les écolières et les jeux bon marché. Dereck vient d'aterrir à Tokyo.


Dereck in Japan : Jet-Lag Edition

Posté par Dereck le 02.09.09 à 14:28 | tags : gaming et sushi

 

Douze heures passées dans un cercueil volant sans fermer l'oeil ont eu le même effet sur moi qu'une vilaine murge à la téquila. Elle se caractérise par une planche clouée à l'arrière du crâne et une humeur de syndicaliste CFDT au troisième jour d'un piquet de grève. Ne buvez jamais de téquila, c'est l'ethyl du diable.

Merci à tous de m'avoir suivi pendant ce mois au Japon, Chamboultout va reprendre son rythme et son contenu régulier. Bientôt. Dès que j'aurais vraiment émergé.

En attendant, une rétrospective de ce second Dereck in Japan :

Jour 1 -
Les grands travaux
Jour 2 - Héritage culturel et droits de succession
Jour 3 - Retour karmique
Jour 4 - Musée Ghibli, le parcours du con battant
Jour 5 - L'Ogre Occidental
Jour 6 - Kabukicho s'éveille
Jour 7 - Je affectueux le France
Jour 8 - Rien
Jour 9 - Je suis balade, complètebent balade
Jour 12 - Tadatsu
Jour 13 - Salauds de touristes
Jour 14 - Le denier du culturel
Jour 15 - La puissance de foi de mille et un Kannon
Jour 16 - Gastro-antinomique
Jour 19 - Himeji, le Versailles japonais
Jour 20 - Veni, Vedi, Ghibli
Jour 21 - Tabe or not tabe-houdai
Jour 22 - Michael Jackson, what have you done ?
Jour 23 - Le château de sabres
Jour 26 - Typhon normal et raz-de-marée électoral
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Dereck in Japan : Jour 26 - Typhon normal et raz-de-marée électoral

Posté par Dereck le 31.08.09 à 15:17 | tags : gaming et sushi

Krovanh a touché le pays depuis hier soir et la pluie fine s'est transformée en averse diluvienne au matin pour ne se calmer que vers 18h aujourd'hui. Le typhon venu de l'océan pacifique est arrivé après la clôture des élection legislatives, comme un préliminaire aux bouleversements annoncés depuis un mois. Le Parti Démocrate Japonais de Yukio Hatoyama a remporté les legislatives haut la main, avec 308 sièges sur 480 au parlement, mettant fin au règne du parti Libéral Démocrate.

Ce sont cinquante ans de domination politique qui s'écroulent pour les Libéraux Démocrates, avec pour conséquence immédiate la démission de Taro Aso de la tête de son parti. Le premier ministre impopulaire assume ses erreurs, lui qui n'a rien trouvé de mieux que de sortir des déclarations de droite fossile pendant toute la campagne."Je dois prendre mes responsabilité" déclarait-il hier.

Les journaux japonais sont partagés sur la victoire du PDJ. Si les Libéraux Démocrates avaient l'expérience, le nouveau venu va devoir faire ses preuves après des années d'opposition. Vote sanction, vote d'espoir pour une population qui attend mieux que des promesses au moment où son taux de chômage dépasse les 5,7%. Un record qui le PDJ devra effacer en appliquant son plan de relance, que beaucoup d'économistes pensent irréalisable.

Ce n'est pourtant pas la préoccupation des japonais, qui se sont massivement dirigés vers les urnes pour soutenir un programme ambitieux. Le parti Libéral Démocrate est celui qui avait mené le Japon vers une croissance inimaginable dans les années 70-80 en favorisant l'industrie électronique, le voilà relégué au rôle d'opposition minoritaire, pendant que le PDJ découvrira les contraintes du pouvoir.

Comparé au déluge des élections legislatives, Krovanh n'est qu'une petite bruine timide. Je quitterai demain matin un Japon qui se réveille sous la pluie, des japonais qui émergent saoûls de changement.
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- Crédit photos de Yukio Hatoyama et des jounaux ©Aujourd'hui le Japon -







Dereck in Japan : Jour 23 - Le château de sabres

Posté par Dereck le 28.08.09 à 16:49 | tags : gaming et sushi

Le Token Hakubutsukan est un de ces musées privés qui laissent la désagréable impression de s'être fait racketter à l'entrée. Le bâtiment du NBTHK, le Nippon Bijutsu Token Hozon Kyokai, est comme son nom ne l'indique pas forcément, le fonds historique et culturel de l'association pour la préservation des épées japonaises.

Si les quatre étages peuvent faire croire à une collection formidable d'armes anciennes, on est un peu déçu de constater que seule une grande pièce du premier étage sert de musée.

Le musée de l'épée japonaise regroupe une cinquantaine de lames, dont quatre dans leur fourreau, dans un état de conservation étonnant. D'autres accessoires de sabres, comme les ornements de manche, les gardes et les étuis de lame auxiliaire se trouvent dans des vitrines à part, pour montrer avant tout le talent des graveurs de l'archipel.

Dans une volonté de couvrir une chronologie large, on peut aussi voir des pièces contemporaines exposées. Elles sont globalement décevantes par rapport aux pièces anciennes, souvent moins inspirées et les innovations formelles qu'elles tentent d'imposer ne font que diluer le raffinement des œuvres passées.

Pour celui qui n'a aucune notion en sabre japonais, l'exposition est complètement obscure. Les cartouches en anglais posés à côté des lames ne comportent que le nom, l'époque, la région et l'année de fabrication. Aucune biographie du forgeron, ni de commentaire sur ce qui en fait un trésor national ou un travail exceptionnel. La muséo est nulle, même pour un japonais, puisque les textes en version originale ne sont pas plus nombreux ni plus épais que ceux destinés aux visiteurs étrangers.

Il faut alors se reposer sur la documentation fournie à l'entrée, qui explique, en détail les particularités physiques des métaux et des types de trempe, ainsi que les styles de finition. Une seconde documentation traite de l'entretien des sabres de collection.

Concrètement, la partie la plus pédagogique doit se concentrer au rez-de-chaussée, où une frise chronologique et des montages photo au-dessus d'objets sous clef nous expliquent le processus de fonte du Tamahagane, le métal à deux densités servant de base aux sabres.

On ne s'adresse pas ici au profane, mais au spécialiste, ou tout du moins au curieux, qui vient voir de son plein gré un alignement de bouts de métal dans une salle mal éclairée qui pue le renfermé.
Le prix de la visite, 500 Yens, est aussi consternante que la mise en valeur des pièces en vitrine. Le tarif doit probablement se justifier par la présence de deux gardiens assis chacun à un bout de la salle pour veiller à ce qu'on ne reparte pas avec un Muramasa sous le bras.

La déception est d'autant plus rude qu'on lutte pour trouver le Token Hakubutsukan, planqué en embuscade dans le quartier résidentiel de Yoyogi, au sud-est de la station de Shinjuku. On ne peut pas non plus prendre de photos dans le musée, ce qui réduit encore mes chances de vous encourager malgré tout à le visiter.

Au lieu de vous vanter les qualités des lames montrées au public, je vais plutôt vous parler d'une profession très spécialisée qui revêt une importance capitale dans la vie d'un sabre. On connait les graveurs de netsuke et de kashira, les décorations de manche et les pommeaux des sabres. On sait aussi qu'il existe des artisans-polisseurs qui assurent la finition de la lame après le travail du forgeron.

Ce qu'on sait moins, c'est qu'il existait des testeurs de sabres professionnels dont la tâche était d'estimer la résistance d'une lame une fois qu'elle est considérée comme terminée.

La profession date environ du 16e siècle, et les testeurs notaient leurs observations après des coupes effectuées sur des bambous, de la cornes, des plaques de fer d'épaisseurs varies et même des morceaux d'armure. Le test le plus difficile étant de fendre un casque, le Kabuto, en un seul coup.

Le métier des testeurs de sabre demandait une technique parfaite à l'épée, ce qui explique qu'on l'assimile assez souvent au Batto-Do, qui est en soi l'art de la coupe, un complément régulier du Iaido.

La technique liée à la profession porte un nom, le Tameshi-Giri, qui signifie littéralement "test de coupe". Elle est également dotée d'une réputation macabre, car l'histoire comporte de nombreux cas de tests sur des animaux et des corps humains.

Suivant la situation, certains forgerons exigeaient qu'une coupe soit effectuée sur un cadavre ou même une pile de cadavres, pour savoir combien d'ennemis la lame pourrait traverser d'un seul coup. On indiquait ensuite par un trait de lime le nombre de corps tranchés sur le Nakago, la base de la lame qui serait ensuite enchâssée dans un manche.
Les crimes étaient par ailleurs punis à l'époque par des mutilations, classées par ordre décroissant de difficulté en 18 échelons. Elles allaient d'un poignet sectionné au célèbre Rio-Kuruma, qui se traduisait par une coupe à travers les parties les plus épaisses du bassin pour sectionner le corps en deux. Cette pratique, abandonnée à l'ère Meiji, faisait partie intégrante du système de justice japonais.

L'importance du Tameshi-Giri le rendait très codifié, ne laissant que des testeurs expérimentés et licenciés effectuer leurs coupes dans des lieux déterminés par les notables responsables. A l'issue des sessions, le nom et les résultats du testeur étaient gravés sur le Nakago de la lame pour en attester la qualité.
A cause des faux en circulation, les historiens ont dû compiler les données provenant des sabres et les registres officiels pour trier les trésors nationaux des impostures.

De nos jours, le Tameshi-Giri n'est plus effectué que sur des bottes de paille de riz dans lesquelles sont parfois glissées des bambous pour simuler la structure osseuse d'un corps humain. Les testeurs ont disparu avec la mutation de l'artisanat du sabre, et il ne subsiste plus aujourd'hui que l'art du Tameshi-Giri en tant que maîtrise de la coupe spectaculaire.

Obata Toshishiro Kaiso est par exemple le dernier maître qui a réussi à fendre un casque d'armure traditionnelle sur une profondeur de 13 centimètres, sans briser son sabre. La précédente tentative réussie remonte à 1986, soit cent ans après une démonstration faite devant l'Empereur Meiji qui nécessita un sabre lourd, un Dotanuki pour entamer le Kabuto.

Le plus récemment médiatisé des spécialistes en Tameshi-Giri est Isao Machii, détenteur de deux records mondiaux dans sa discipline. Il s'est imposé dans le SenbonGiri, une épreuve qui consiste à trancher 1000 cibles de paille de riz le plus vite possible, en 36 minutes. Son autre prouesse a été d'effectuer 7 coupes dans une cible avant qu'elle ne se morcelle.

Les crash-testeurs du Japon médiéval sont devenus des bêtes curieuses qui relèvent les défis les plus absurdes devant les téléspectateurs pour prouver que leur art est encore vivant.

Les lames entreposées dans le Token Kakubutsukan sont quant à elles les vestiges d'un Japon orgueilleux, qui ne réalise pas à quel point sa fierté est devenue folklorique. Sous les dorures, on entraperçoit l'âge d'or du sabre japonais. Ce qu'on contemple derrière les vitrines, c'est la beauté de l'obsolescence.




Dereck in Japan : Jour 22 - Michael Jackson, what have you done ?

Posté par Dereck le 27.08.09 à 17:32 | tags : gaming et sushi

Le monde s'est arrêté de respirer lorsque Michael Jackson est mort. Pendant 24 Heures, chacun est devenu un fan qui s'ignorait, déclamant son amour pour Jacko, alors qu'il avait probablement ri comme un connard à la célèbre blague qui finit par "la vérité sort de la bouche des enfants".

Conspué pendant les années 90 pour des scandales pédophiles , moqué dans la dernière décennie pour son affaissement créatif et son jonglage de nourrissons, Jacko était devenu le bouffon du Roi et non plus le King of Pop. Au lieu de le voir en tête des charts, on le croisait sur la couverture des tabloids. Ruiné et déglingué, Michael Jackson s'est éteint, et le monde a soupiré comme une midinette en se remémorant Billie Jean. Le monde est un enfoiré à la conscience tranquille.

Au Japon, la Jackson-Mania posthume a pris une ampleur surréaliste. Au bazar Don Quijote d'Akihabara, les VHS de Thriller, les compilations CD et les masques en latex de Bambi à plusieurs stades de sa transformation surprennent les visiteurs dès le premier étage. Dans Azo Bit City, fourre-tout de la japanimation et du jeu-vidéo, une pile de Number Ones trône à côté des écouteurs et des pochettes iPod du rez-de-chaussée. Même Mandarake, la Mecque du manga et des objets de culte en plastique, a fait de la place pour mettre en évidence les figurines édition limitée de Michael.

Au gré des magasins de mode, la soupe formatée qu'on entend pour accompagner le style vestimentaire des échoppes hoquette du Jacko. Entre deux tranches d'Ayumi Hamasaki qui nous martèle son "Love is all", se glisse la mélopée de "Man in the mirror".

L'onde de choc commerciale qui a secoué l'occident, ce phénomène qui a poussé les disquaires à souffler la poussière sur leurs vynils et CD invendus de Jacko pour capitaliser sur son décès, se poursuit au Japon, en émergeant dans les endroits les plus absurdes. Un mélange de ferveur inconditionnelle et d'opportunisme, d'abrutissement général en souvenir de Michael Jackson, se retrouve jusque dans une gargote de ramen au fin fond de Mitaka.

Dans les mégastores, les affiches dédiées au dernier album des SMAP partagent l'espace avec de vieux Jacko en carton sortis de l'arrière-boutique. On ne sait toujours pas si Michael a vraiment tripoté Jordan Chandler, mais on peut être sûr qu'il a touché les japonais.

Mais pas moi. A chaque "whooo", chaque "hi-hiii", j'ai envie de me crever les tympans. La Jackomania a fait de moi un Jackophobique. A peine l'obsession post-mortem de l'occident pour Bambi commençait à s'évaporer, que je prenais l'avion pour un pays où son culte s'exprime dans chaque produit dérivé ou légitime existant.

Aussi terrifiant que cela paraisse, Michael Jackson a réussi une métamorphose qui dépasse la résurrection christique ou le deuil d'Elvis. Grâce à la technologie, aux nouvelles plateformes communautaires, au bavardage incessant d'Internet, Jacko est devenu une inquantifiable masse d'information pure.

Tourmenté par les cris du roi déchu de la Pop, partout ou je pose le pied au Japon, je m'interroge. Comment peut-on tuer ce qui est déjà mort ?
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Dereck in Japan : Jour 21 - Tabe or not Tabe-houdai

Posté par Dereck le 26.08.09 à 16:37 | tags : gaming et sushi

 

Tant qu'on n'a pas franchi les frontières du Japon, il est difficile d'imaginer leur amour de la nourriture, leur affection pour l'alcool. Le nombre de restaurants au mètre carré, même dans des quartiers paumés, est impressionnant, et le culte de la bouffe est entretenu dans les médias, au fil des pages ou des émissions.

Les programmes télévisés sont très souvent centrés sur la gastronomie, avec des blind tests, des compétitions ou des critiques à la volée par des célébrités. Il est commun de voir une émission où un groupe comme les SMAP ou les AKB48 vont se mettre aux fourneaux pour faire tester une spécialité aux invités, pendant que le commentateur complimente ou moque leur technique culinaire.

Deux exemples me viennent en tête. Dans le premier, des personnalités s'affrontent en goûtant des plats et en estimant leur classement de popularité dans un tableau. Deux mets sont classés comme perdants et il faut choisir à la carte ceux qui ne doivent pas être marqués comme tels. A chaque assiette, le nom et le numéro de téléphone de la cantine qui l'a cuisiné sont mis en valeur, un segment documentaire explique ses qualités gustatives.

Si les stars se trompent, un questionnaire sadique avec des chaises électrique s'ensuit, leur infligeant 95% du temps une décharge dans le colon par erreur. Puis les phases alternent jusqu'à la victoire finale.

Si l'idée vous parait étrange, imaginez une autre compétition se déroulant dans un sushi bar, où les participants par groupe de quatre doivent choisir leur assiette, en espérant qu'elle soit choisie aléatoirement par le cuistot.
Les vainqueurs repartent chacun avec un plateau de sushi d'environ 50 pièces, ce qui peut donner des ambiances glaciales lorsque les perdants ne font que recevoir de la maroquinerie de marque. Vous devriez voir leurs regards envieux, la désillusion sur leur visage.

Et la liste continue, s'allonge indéfiniment. La télévision japonaise n'est pas qu'une longue publicité entrecoupée d'émissions, c'est aussi une grande masturbation des papilles, quelle que soit l'heure d'écoute. On ne peut pas échapper à la bouffe quand on est au Japon.

A l'alcool non plus. A proximité des buralistes, des bars et des marchands de spiritueux, des distributeurs de bières et parfois de saké jalonnent les trottoirs. A la différence des distributeurs de cigarettes, le système Taspo n'est pas en vigueur sur ces machines, et la limite d'âge de 20 ans n'est que formelle pour ceux qui veulent finir la tête dans le caniveau.

L'accès à l'alcool est tout aussi répandu dans les épiceries 24/7 et les supermarchés, qui, malgré leur taille réduite, essaient de proposer un éventail représentatif de la biture. Entre la bière, les liqueurs, les saké, shochu et vins, on n'a que l'embarras du choix pour varier les flacons de son ivresse.

Paradoxalement, les jeunes se désintéressent de l'alcool. Suntory, Asahi et d'autres producteurs ont tenté de créer des alcopops et des cocktails destinés à la démographie féminine, souvent sans sucre, pour reconquérir une génération qui ne compte pas se saouler tant qu'elle ne sera pas broyée par le monde du travail.

Les japonais ne boivent pourtant pas comme ils fument. Les japonais crapotent quelques lattes sur leurs cigarettes et les écrasent avant d'en allumer une autre. Nous autres crevards qui payons le paquet 6 euros, finissons le bâtonnet de cancer jusqu'au filtre, mais eux se contentent du geste et des premières bouffées.

Cela explique en partie la consommation en tabac du Japon, qui semble de l'extérieur peuplé de gros fumeurs. Le japonais fume souvent, mais très peu. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement de lancer le système Taspo pour que les consommateurs majeurs s'identifient, et enrayer la tabagie des jeunes. En vain, les fumeurs préfèrent acheter leurs paquets dans les convini et les buralistes pour esquiver Big Brother.

Cette consommation s'oppose donc à celle de l'autre poison populaire, l'alcool. Le salaryman rentre pété comme un coin vers 11 heures du soir, les groupes d'amis se mettent des misères au restaurant avant de ramper dans un taxi quand les cuisines ferment.

Le japonais de 30-45 ans est un gros buveur, une conséquence de cette culture de la boisson très différente de la notre, et très proche de celle des coréens. La consommation est festive même les jours ouvrables, communautaire, franche. Boire n'est pas comme chez nous une ponctuation du repas, c'est un repas à part entière avec ses rites.

Cette décomplexion de l'alcool et cet amour de la gastronomie sont attisés par les restaurants eux-mêmes, qui tendent de plus en plus à offrir des formules à volonté. Certains optent pour le buffet, et d'autres pour un service ad libitum pendant lequel on commande d'avance en faisant sa liste au fur et à mesure du repas.

Chaque spécialité japonaise a sa formule. Sushi, Tempura, Yakitori, Yakiniku, les prix varient suivant le type et la qualité de la matière première. Ainsi, le Yakiniku, le barbecue coréen, se voit souvent décliné en plusieurs forfaits qui séparent officiellement le nombre de rations maximales, mais définissent concrètement les morceaux auxquels on a le droit. Plus on paye, plus la viande est savoureuse et préparée avec minutie.

Il faut savoir que les formules à volonté fonctionnent suivant une règle de minuterie. D'une heure à deux heures selon les crèmeries, vous devez soit vous ruer sur le buffet, soit harceler le serveur pour faire renouveler les assiettes. Le tout est d'imposer son rythme et de bien faire comprendre qu'on est venu pour finir à l'agonie sur sa chaise, en jurant que plus jamais, jamais, on n'essaiera d'atteindre la limite de services autorisée.

Il en va de même pour la boisson à volonté. Même durées, même déroulement. On peut aussi bien prendre des soft drinks que les alcools forts, tout dépend de sa tolérance au sucre. Les serveurs ont en effet la sale habitude de bidonner les consommations en les rallongeant avec de l'eau et du sirop. En découlent des clients bourrés plus vite, à moindre coût pour la cantine, le comptable apprécie. Le client averti, apprécie moins. Il faut alors exiger que les verres soient servis "strong" et "rokku" pour ne pas se retrouver avec de la flotte sucrée et vaguement éthylique.

En opposition aux restaurants classiques qui mettent l'accent sur la présentation et le savoir-faire du chef, les restaurants à volonté incarnent la relation irrationnelle que le japon entretient avec la nourriture. Il n'est pas surprenant de devoir faire la queue, ou de réserver en semaine dans certains buffets très populaires si l'on veut sa part du festin.

On s'en tire en général pour 20€ sur les viandes, 8€ pour les boissons, soit plus cher que la moyenne, mais incroyablement rentable quand on veut couvrir le spectre complet d'une spécialité. Quand on sait que les spécialités de bœuf peuvent coûter 30€ l'assiette, les comptes sont vite faits.

D'un point de vue occidental, il faut un certain temps pour admettre que les japonais ne sont toujours pas obèses, que les distributeurs de saké au coin de la rue n'ont pas engendré une explosion de l'alcoolisme juvénile. On s'interroge sur les raisons qui inhibent les japonais, sur les entraves culturelles et morales qui leur épargnent la décadence du gaijin gras.

Etonnamment, la langue japonaise ne conçoit que très peu de mots négatifs tirés de "nourriture", alors que l'alcool passe de Nomikai, boire en groupe, à Nomiaraku, faire la tournée des bars, jusqu'à Nomisugi, trop boire.

Pour nous, deux mots à retenir quand on franchit le seuil d'un restaurant : Tabe-houdai, Nomi-houdai. Le manger, le boire, à volonté. Et un seul mot à craindre. Okanjo, L'addition.
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- Crédit Photo de conclusion ©Capsul -




Dereck in Japan : Jour 20 - Veni, Vedi, Ghibli

Posté par Dereck le 25.08.09 à 16:16 | tags : gaming et sushi

Billets en main, j'étais assis dans un wagon de la Tozai Line. Le train venait de dépasser la gare d'Ogikubo pour suivre les rails de la JR Line vers Mitaka, ma destination du jour. Dans la ville de Mitaka, un centre commercial bâti sur la gare, des rues commerçantes peu dynamiques et un patchwork d'immeubles moches accueillent le voyageur. Rien d'intéressant dans le coin si ce n'est le musée Ghibli, le studio d'animation d'Hayao Miyazaki.

Une navette dépose les visiteurs à un kilomètre, devant les portes d'un bâtiment aux formes organiques, entouré de verdure. Depuis le temps qu'on me parlait de ce foutu musée, j'avais cédé et j'avais acheté mon billet dans un Lawson quinze jours auparavant, dans le but de visiter un haut lieu de l'animation japonaise.

En descendant les premières marches de l'entrée, je m'attendais à tout, sauf à entrer dans une sorte d'attraction Disneyland assiégée par des enfants gueulards. Que ce soit dit, nos enfants sont des chiards insolents, les rejetons japonais sont aussi détestables. La démographie vacillante de l'archipel a poussé leurs parents à en faire des rois-sauveurs, et ils ne se gênent pas pour se comporter en sales pestes égoïstes. En période de vacances scolaires, même en pleine semaine, c'est la cohabitation forcée avec une armée de 12 mille petits singes.

Parce qu'en dehors de sa population, le musée Ghibli est agréable à explorer, et l'on peut en percevoir l'énorme potentiel. Sa muséologie, protégée par une interdiction stricte envers les photographies, est à la fois audacieuse et très décevante.

Le musée se sépare entre plusieurs types d'installations dont les sculptures, les documents de production, les courts pédagogiques et les bornes interactives.

Les sculptures sont soit mécaniques et animées comme des horloges ou des automates complexes issus de l'imagination de Miyazaki, soit des incarnations en résine taille réelle de personnages. Les documents de productions sont tirés des archives, et comprennent des storyboards, des décors peints, des phases d'animation ainsi que des celluloids.

Des castelets disposés à côté des documents diffusent des explications très détaillées des effets visuels employés par le studio pour mêler animation classique et ordinateur, on croirait presque lire un tutoriel. Enfin, les bornes interactives permettent de faire défiler des flipbooks ou de tester les caméras de mise au point pour mieux comprendre les techniques d'animation.

Ces différents éléments forment un ensemble hétérogène qui tente de tenir entre les quelques murs du musée, dans des pièces agencées en fonction de l'espace disponible. Les concepteurs ont également reconstitué des bureaux et des bibliothèques pour laisser les visiteurs observer le plan de travail et les inspirations de Miyazaki.

Ces salles sont surchargées, visuellement bordéliques, avec tellement d'information et de détails à dénicher qu'on aimerait rester plus longtemps que les deux heures tolérées. On aimerait aussi pouvoir mettre une corde à linge aux lardons qui nous bousculent sans rien regarder, et aux couples d'ados qui nous poussent pour s'entasser dans le magasin de souvenirs.

L'aspect du musée et le contenu de ses collections dépend également du dernier long-métrage sorti. Ponyo sur la falaise était ainsi exposé sur plusieurs salles, et s'exprimait sur les vitraux de la rotonde. Considéré comme le plus abouti et complexe techniquement des films de Miyazaki, les salles sur Ponyo nous abreuvent de nombreux secrets de fabrication qu'on n'aurait jamais deviné autrement.

Cette masse d'informations manque toutefois de traduction. Même si les images parlent d'elles-mêmes, les rares cartouches et textes explicatifs sont exclusivement en japonais, le guide fourni aux visiteurs se résumant à un plan superficiel.
Cette attitude nippo-centrée et le manque de repères contraste avec la somme de contenu et la qualité des installations. La première salle, à elle seule, est un hommage virtuose au concept d'animation et cultive l'illusion de la persistance rétinienne avec un ludisme admirable.

Enfermé, séquestré dans une boîte aux parois de résine kitsch, le musée Ghibli est un trésor culturel pour ceux que l'animation au sens large intéresse. Il vit sur un équilibre précaire entre limpidité des contenus exposés, et muséologie fourre-tout qui survole des pans entiers du patrimoine Miyazaki.

En faisant abstraction de son public, le musée Ghibli est une expérience très vivante, quoique trop foisonnante par moments, qui mériterait des locaux plus vastes pour mieux s'exprimer.
Toutefois, si la passion de Miyazaki n'est pas très communicante, elle n'en demeure pas moins communicative.

Les deux heures qu'on m'avait accordées arrivant à terme, je rentre à pieds vers la station de Mitaka. Pas de nekobus pour ceux qui n'ont pas fait la paix avec leur âme d'enfant.
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Dereck in Japan : Jour 19 - Himeji, le Versailles japonais

Posté par Dereck le 24.08.09 à 16:30 | tags : gaming et sushi

 

Le temps de reprendre mes marques dans Tokyo, je peux vous parler de ma dernière visite aux alentours de Kyoto, sur l'un des sites les plus célèbres de l'archipel : Le château d'Himeji. On peut le considérer comme un Versailles Japonais, puisqu'il est le château le plus représentatif de l'architecture défensive et décorative des forteresses à vivre du Japon féodal.
Son jumelage culturel avec le château de Chantilly en France, donne une idée de son rayonnement dans l'occident. Bien qu'Himeji n'ait jamais été une résidence Impériale ou Shogunale, son processus d'expansion et l'inventivité de ses dispositifs en font un exemple parfait de la stratégie de siège japonaise.

Le château d'Himeji date du milieu du 14e siècle, une époque où il était appelé Himeyama, la montagne de la princesse, et pas encore Hakurojo, le château du héron blanc. Tout débuta en 1331 par un camp retranché à la base du mont Himeji, juste à côté du temple Shomyoji. Lorsque la famille Akamatsu fut destituée après la guerre Kakitsu, un autre clan la remplaça quelques années avant que les Akamatsu ne reviennent prendre possession de leur territoire après le conflit suivant, la guerre d'Onin.

Le château avait souffert de graves dégâts au cours des affrontements et quand Toyotomi Hideyoshi, le successeur d'Oda Nobunaga, pacifia la région pour son seigneur, il prit en main la reconstruction et la restauration du bâtiment.
En 1580, il fit ériger par son grand stratège Kuroda Yoshitaka une tour de trois étages dans l'enceinte. Vingt ans plus tard, Ieyasu Tokugawa réattribua Himeji à un de ses vassaux après le carnage de Sekigahara, une victoire majeure qui lui donna les pleins pouvoirs sur le Japon.

Ikeda Terumasa, nouveau propriétaire d'Himeji, se lança dans un chantier de neufs ans pour consolider et développer la structure d'origine. Au terme du projet, le château avait globalement la forme qu'on lui connait aujourd'hui. La galerie Ouest, avec le quartier des femmes et la tour de la princesse Sen, sera la dernière addition importante du château en 1618.
A la fin de la période Edo, après la restauration Meiji et l'abolition du système Han, Himeji fut mis aux enchères et vendu pour 23 Yens de l'époque, plus des fonds publics.

Par miracle, et malgré les bombardements de la seconde guerre mondiale, le château resta intact, alors que la ville fut quasiment rasée. Son état de conservation attire aussi bien les cinéastes étrangers que les réalisateurs japonais, puisqu'on peut l'apercevoir dans "On ne meurt que de fois" en tant que base de Tiger Tanaka, dans Ran et Kagemusha d'Akira Kurosawa, et dans de nombreuses reconstitutions télévisuelles.

Un peu comme Vaux-le-Vicomte chez nous sert de Versailles de remplacement, Himeji fait la doublure lumière pour les châteaux d'Osaka et la résidence shogunale du vieux Tokyo.

Ce qui fait réputation d'Himeji repose sur son schéma défensif, très élaboré, qui n'a pourtant jamais eu l'occasion d'être testé. Les bâtisseurs et stratèges qui se sont succédés ont chacun injecté leur idée dans l'édifice, ce qui en fait un laboratoire architectural à la Vauban.

Au nombre des innovations que compte Himeji, on peut compter les meurtrières à clapet, l'écoulement des eaux par le chambranle des fenêtres, les caches à armes et les porte-munitions encastrés dans les murs, reposant sur les énormes clous de charpente, mais surtout une optimisation de l'espace étonnante.

Alors que les portes doublées de métal peuvent donner une sensation de sécurité, c'est réellement le cheminement dans les allées du château qui en font sa meilleure défense. Il faut savoir que chaque chemin est en contrebas d'un mur sur lequel donnent des meurtrières, ou menant à des postes de gardes embusqués.

L'un d'eux, nommé "cage de police" est doté de fenêtres barrées de poutres fines qui laissent les défenseurs passer leurs lances et poser leurs fusils pour surprendre les assaillants dans leur angle mort, en haut d'une volée de marches.
Concrètement, Himeji a été amélioré pour que quiconque veuille arriver au donjon doive suivre un circuit qui l'expose aux tirs des habitants. Il oblige à rester à découvert, en alternant couloirs et jardins bas.

L'ingéniosité d'Himeji se perçoit à travers d'autres éléments comme les nombreux puits en cas d'incendie, les murs bâtis en torchis friable qu'on pouvait abattre pour bloquer une allée et les dortoirs en lit superposés situés dans les étages supérieurs.

Les historiens n'ont jamais vraiment compris l'utilité de petites pièces au coin des étages élevés, qui pouvaient apparemment contenir plusieurs soldats et leur permettre de faucher un envahisseur en tir croisé, par surprise. Les murs sans porte visible camouflent ces pièces en éléments de décor, en colonnes larges. Une fantaisie architecturale qui n'a elle non plus jamais eu à prouver son efficacité.

Pour les amateurs de forteresses féodales, Himeji est une merveille, il est d'une inventivité à couper le souffle comparé à nos ponts-levis et nos machicoulis. La déambulation en spirale dans le château d'Himeji donne le tournis quand on découvre qu'à chaque coin de mur, un piège ou une impasse.

En voyant les pierres tombales extirpées des cimetières voisins pour compléter les fondations pendant la pénurie de roche, je me demandais si les propriétaires n'étaient pas impatients de se faire assiéger pour essayer leur jouet. S'ils attendaient avec la même fascination qu'on guette le fromage d'une tapette à souris jusqu'à ce qu'un mulot vienne se faire écraser dans les mâchoires de métal.

Himeji est une résidence guerrière alors que Versailles est la résidence d'un Roi guerrier. Chacune exprime à sa façon la manifestation d'un pouvoir belliqueux, par son choix de matières et de structure.

Les murs blancs d'Himeji cachent autant de pièges que de légendes. Ici, c'est la cour du Seppuku, là, c'est une oubliette grillagée d'où l'on jurerait entendre la faible voix d'O Kiku comptant jusqu'à neuf
La grande histoire ne retient qu'Akamatsu et Toyotomi. La petite se souvient de la jeune O Kiku, qui se jeta dans un puits pour avoir perdu un des dix plats d'or de l'empereur.

Après une ronde et un coup de tampon sur ma carte du château, je m'éloigne du donjon, puis des remparts, persuadé d'en avoir exploré tous les recoins secrets.
Les fantômes d'Himeji, quant à eux, me regardent partir à travers les yeux d'une centaine de meurtrières. Et comptent silencieusement jusqu'à neuf, avant de refermer leur placard.
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Dereck in Japan : Jour 16 - Gastro-antinomique

Posté par Dereck le 21.08.09 à 17:35 | tags : gaming et sushi

Devant l'amour que le Japon porte à la France, je me suis dit que la meilleure façon de lui rendre cette affection serait d'essayer les équivalents gastronomiques de nos spécialités. Une expérience Wine & Cheese avec de la cochonnaille en entrée pour se donner soif, pour se donner du courage.

Le Japon possède en effet ses vins et son camembert. Le vin est souvent exporté du chili, quand ce n'est pas un beaujolais refourgué par nos propres négociants.
La vigne japonaise est assez peu répandue, sachant que les premiers pieds sont arrivés du Portugual avec les missionnaires. Ce n'est qu'au 19e siècle, que l'implantation de vignes américaines, presque toutes détruites par le Phylloxera, que le Japon tenta de développer son propre raisin acclimaté.

Ainsi furent créés le Muscat Bailey A et le Black Queen, deux sortes de raisin qui, une fois mélangé à d'autres grappes, donnent un résultat proche d'un Bordeaux ou d'un Bourgogne plus souple. J'entends d'ici les puristes qui grincent des dents, mais ces puristes risuent de se fendre une molaire en apprenant que les japonais ont jusque dans les années 70 ajouté du miel au vin pour en amoindrir l'amertume.
Une faute légère comparée au label AOC japonais qui englobe n'importe quel jus de raisin fermenté sur le sol de l'archipel, laissant les entreprises importer du jus de raison, le transformer selon l'envie pour obtenir le type de vin recherché. Il aura fallu attendre 2002 pour voir émerger un concours viticole dédié aux vins issus uniquement de vignes nippones.

En comparaison, le "Camemberu" japonais parait moins transgressif, le fromage étant fabriqué sur l'île d'Hokkaido. La charcuterie est elle aussi produite localement, car le japon possède quelques élevages de porcs qui viennent égayer les Yakiniku de leurs tranches de lard.

Au banc d'essai ce soir, le Bon Rouge de Mercian, le camembert d'Hokkaido et le saucisson sec poivré en tranches de la marque Natori.

Le sauciflard
L'aspect des tranches, si la forme est respectée, s'avère étrange sur la couleur, assez sombre. Quand on sait que les boucheries japonaises se font une fierté de présenter une viande écarlate et luisante de fraîcheur sur ses étals, déballer des tranches rouge-noir ne fait pas bonne impression. Le gras de porc semble découpé en morceaux cubiques, le boyau qui entoure la viande a une texture plastique. Le produit est industriel, et je commence à comprendre pourquoi il y a autant de poivre sur le bord des tranches.

En bouche, la viande est salée, caoutchouteuse, et le poivre révèle son utilité. Cacher la saveur de charogne du saucisson, qui semble subitement avoir été préparé avec tous ce que les bouchers ont refusé. C'est un peu comme manger de la merguez premier prix séchée sur un radiateur. Le principe est le même : beaucoup d'épices pour masquer les relents de cadavre, du colorant, des morceaux bons à jeter remis en circulation après transformation.

De toute évidence, le saucisson japonais est plutôt odieux, mais tellement salé que je dois déboucher la bouteille de Bon Rouge pour chasser l'arrière-goût de charnier.

La vinasse
Mercian est un entrepreneur malin. Il a su créer une recette de saké synthétique (sic) et consolider des partenariats avec des exploitations américaines et françaises pour satisfaire une clientèle curieuse de saveurs occidentales.

Le Bon Rouge est un nom qui définit avant tout une gamme. Son équivalent Bon Blanc pour le vin blanc se voit décliné de la même façon en versions Plus, Light et Bio. Le Bon Rouge est marketé comme une boisson bénéfique pour la santé, riche en polyphénols. Le label "organic wine" est d'ailleurs décerné par Mercian lui-même, qui définit ses critères de sélection. Les étiquettes sont laconiques, sur la provenance du raison, et le site corporate se contente de vanter ses médailles obtenues à l'étranger.

De robe pourpre, de belle couleur, le Bon Rouge affirme son identité. Pas de tanins au fond de la bouteille, les années et les millésimes ne font pas partie des informations pertinentes pour le consommateur lambda. Il faudra donc le goûter pour se rendre compte que le Bon Rouge est un picrate tirant sur le Beaujolais ou le bordeaux trop jeune, très doux et sucré, doté d'arômes probablement dûs à un mélange de cépages.
Le Bon Rouge glisse sur le palais, il trahit son immaturité et l'adjonction potentielle de copeaux pour lui donner l'arôme boisé d'un fût traditionnel.

Me voilà à boire sans soif, à boire sans envie pour me rincer la bouche sans pouvoir recracher. Trônant dans son assiette, le fromage, le plat de résistance de ce carambolage gustatif.

Le claquos
Le camemberu d'Hokkaido est célèbre sur l'archipel, grâce à son emballage et à son quasi-monopole dans la grande distribution. Il n'est pas donné, mais à trois euros contre 12 pour un Camembert Président basique importé, on se laisse tenter malgré tout. Les trois couleurs de la France flottent sur le bandeau du produit, avec en arrière-plan, l'île d'Hokkaido en aplat doré. La photo est flatteuse, un peu trop même, comme ces hamburgers bouffis de sauce et de viande sur le menu des fast-food, détournant notre attention d'une sandwich avachi, humide et empilé n'importe comment. L'emballage intérieur, en double couche plastifiée, protège un fromage qui, s'il a l'apparence du camembert n'en a quasiment aucune propriété.

Une fois sorti de son second plastique, on a l'impression que le camembert a sué dans son film. En plongeant le couteau dans la pâte, on traverse une croûte très fine qui sert uniquement à empêcher l'intérieur de gerber dehors. Le camembert d'Hokkaido est crémeux, presque liquide du cœur à la croute, possédant une apparence aussi étrange que son goût. Il se situe entre le chèvre fondant et le pavé pavé d'Affinois, avec une touche de PVC d'emballage. Vu le résultat de la fermentation, le Camembert d'Hokkaido est probablement pasteurisé, ce qui lui donne le même pedigree que les Brie en latex des prétendues fromageries américaines.
L'entreprise fait bien de mettre des vaches sur la boîte, pour nous permettre d'identifier d'où provient le lait. Parce que rien, de la consistance au goût ne permet vraiment de catégoriser ce fromage. Rien d'étonnant à ce que Pizza-La et Pizza Hut vendent des pizza au Camembert local, présenté dans les publicités télévisée comme une sorte de fromage filant-fondant qui répand son contenu façon coulée de boue.

En dépit de tout cet amour que le Japon nous porte, il faut reconnaître que leurs ersatz sont assez mauvais. Pour être honnête, ils sont même franchement dégueulasses.

Japon, laisse-moi te le dire droit dans les yeux, avant que l'ambulance ne m'emmène à l'hôpital pour un lavement. Si tu aimes la France, laisse sa bouffe tranquille.




Dereck in Japan : Jour 15 - La puissance de foi de mille et un Kannon

Posté par Dereck le 20.08.09 à 16:33 | tags : gaming et sushi

 

Un goût de poussière et de bois humide me reste en travers de la gorge. Je commence à saturer des temples, un peu comme le touriste lambda commence à saturer des châteaux alors qu'il a décidé de faire une remontée de la Loire historique. J'ai signé pour en chier, mais au bout de la douzième demeure divine croisée sur un seul trajet, la lassitude s'installe.

Pour clôre le chapitre des temples, j'ai choisi le Sanjusangen-do, dont le contenu a de quoi submerger. Si le bâtiment est assez récent, puisque construit au 12e siècle, c'est surtout par ses chiffres qu'il impressionne. Le hall principal, seule partie reconstruite au 13e siècle après un incendie, renferme mille et une statues de Kannon aux mille bras, ainsi que 28 divinités gardiennes, auxquelles s'ajoutent les Dieux du tonnerre et du vent.

Cette collection est unique au monde, par sa taille, mais également parce que c'est la seule qui comprenne le panthéon des 28 divinités gardiennes au grand complet et quasiment intactes.

Les mille et une statues bénéficient de la technique Yosegi Zukuri, ce qui a facilité la réalisation de cet énorme chantier sur presque cent ans. Mille et une, dont une grande statue d'un Senju Kannon assise en tailleur, et mille statues debout d'environ 1m60 chacune. Alignées sur 10 rangs et 50 colonnes de chaque côté de l'œuvre principale, ces autres Kannon ont été usinées à la chaîne par Tankei et ses neveux Koen et Kosei lors de la restauration du Sanjusangen-Do.

La flexibilité du Yosegi Kuzuri a permis aux sculpteurs de produite en masse les pièces détachées des mille Kannon séparément, pour accélérer le processus de fabrication jusqu'à la patine. Il faut savoir que la technique donne la possibilité de faire des statues de blocs assemblés, d'abord ajustés grossièrement pour définir la forme de l'œuvre, puis sculptés à part et finalement ré-assemblés pour la gravure des détails fins. Le bois est ensuite laqué puis recouvert de feuilles d'or.

Le chantier de Tankei n'a pas concerné que les 1001 Kannon, car la commande portait également sur les divinités gardiennes, les 28 Nijūhachi Bushū auxquels se sont ajoutés Raijin et Fujin, les dieux du tonnerre et du vent. Si la plupart des divinités ne vous disent rien, c'est probablement parce qu'elles découlent du panthéon chinois, et que seuls Raijin et Fujin, deux purs produits japonais, sont entrés dans l'imagerie populaire avec plus d'ampleur.

D'autres comme Bishamon ou Ashura sont parfois évoqués, mais plus rarement. On retiendra surtout les deux Nio, ces deux chauves musculeux crispés qui surveillent l'entrée des temples. L'un a la bouche fermée, l'autre la bouche ouverte, pour "arrêter le mal et laisser entrer la vertu". On peut les apparenter à nos Alpha et Omega de par leur symbolisme de début et de fin cosmique.

Le nom de Tankei vous parle peut-être depuis la visite du To-Ji. Il est le père de Tankei et celui de Kosho à qui l'on attribue le superbe Yakushi Nyorai. Tankei était un entrepreneur qui a, comme son père, semé des œuvres à travers toue le Japon, s'investissant dans des projets ambitieux tels celui du Sanjusangen-Do. A son palmarès, les trois rangs les plus élevés dans le corps des sculpteurs boudhistes, et une longévité record : Il avait 81 ans lorsque le Kannon central fut terminé avec l'aide de ses deux neveux. Deux ans plus tard, Tankei s'éteignait en laissant derrière lui un patrimoine culturel impressionnant.

Les japonais bouddhistes aiment à dire que lorsqu'on regarde ces mille statues, on fait face aux 33 apparences possibles de Kannon, ce qui donnerait un total de 33.033 Kannon potentiels qui nous observent. Bien que chaque statue n'ait que 21 paires de bras au lieu de mille, je vous laisse faire la multiplication pour imaginer le nombre de pièces de bois assemblées.

La galerie du Sanjusangen-Do protège ses trésors nationaux de la lumière et des photographies, autant qu'elle encourage les visiteurs à donner quelques yens aux divinités. On traverse l'allée en chaussettes, en silence, de peur de réveiller les Nio qui encadrent Kannon et ses mille clones.

Le Sanjusangen-Do n'est toutefois pas qu'un lieu de dévotion, puisque sa véranda accueille chaque année un tournoi d'archerie très réputé.

Le Tōshiya est une compétition durant laquelle des archers s'affrontent sur une cible d'un mètre de diamètre placée à 60 mètres du pas de tir. Ce sont les premières flèches qui seront tirées dans l'année, comme chaque année ou presque depuis le 12e siècle. La cérémonie d'ouverture célèbre l'entrée dans l'âge adulte, durant laquelle des jeunes femmes en kimono tirent les premières salves.

A l'origine, le tournoi était beaucoup plus intense, prenant une tournure excessive pendant la période Edo. En effet, les prix attribués dépendaient du nombre de flèches atteignant leur but, par archer, sur une durée de 24 heures. On obtenait un prix à partir de 1000 tirs réussis, et le meilleur recevait un prix supplémentaire. Le record est détenu par un certain Wasa Daihachiro qui, en 1688, planta 8.132 flèches dans la cible.

A cause de ces tournois, les poutres et piliers de l'allée ont dû être remplacés très souvent, parce qu'aucune architecture de bois ne pourrait survivre très longtemps à des centaines d'archers furieux tirant des milliers de flèches pendant 24 heures.

On pourrait presque réduire le Sanjusangen-Do à un hangar de buddhas gigantesque si l'on n'était pas étonné par la démesure de son histoire. En quittant l'enceinte du temple, je passais la main sur les cicatrices des colonnes, j'essayais d'imaginer les allées bondées durant le Tōshiya, les clameurs de la foule à chaque impact.

En venant visiter le Sanjusangen-DO, je m'attendais à voir un vieillard sénile qui rangeait ses bibelots. J'ai rencontré un enfant turbulent avec un coffre à jouets extravagant.




Dereck in Japan : Jour 14 - Le denier du culturel

Posté par Dereck le 19.08.09 à 15:42 | tags : gaming et sushi

 

Après la visite au pas de course et en pleine heure de pointe d'hier, une ré-orientation de mon tourisme culturel s'imposait. Ce qui faisait la popularité du Kiyomizu-Dera, en plus de son eau miraculeuse aux arômes discrets de métaux lourds, et d'une paire de pierres mystiques pour célibataires dépressifs, c'était l'accessibilité totale de son site. En recherchant un lieu plus intimiste, je me suis décidé pour les temples-greniers, ceux qui servent d'écrins aux statues classées trésors nationaux.

Le premier d'entre eux est le Tō-ji, un temple qui abrite en deux endroits une vingtaine de statues de bois qui ont été conçues selon la technique du Yosegi Zukuri. Au lieu d'être taillées d'un seul bloc, ces statues sont faites à partir de plusieurs blocs de bois assemblés, ce qui permit une production de masse dans certains cas, mais aussi des restaurations plus simples à notre époque.

Le principe donna aux artistes la possibilité de tailler des œuvres de plus en plus grandes, et de réaliser des prouesses comme les 1000 Kannon du Sanjusangendo, produits à la chaîne sur un siècle.

Le Tō-ji sépare son fonds statuaire en deux édifices, la salle de conférence et la salle Kon-dō. Dans la première, 21 statues bouddhistes sont disposées selon un motif particulier : Les cinq Tathāgatas de les cing sagesses sont sur l'estrade du Shumi-Dan, pendant que cinq Bodhisattvas se trouvent la droite et cinq Rois Terribles sur la gauche. Autour d'eux, les quatre Rois Guardiens sont posés pour fermer la composition,en compagnie de Brahmadeva  et Sakrodevanam-Indra, donnant une représentation du panthéon céleste en accord avec le Karman Mandala, qui dispose d'un niveau de lecture ésotérique que la disposition bouddhique classique n'a pas.

La salle Kon-dō est, pour sa part, le refuge de la trinité Yakushi, comprenant Yakushi Nyorai, Nikkō et Gakkō Bosatsu. La plus exceptionnelle des trois est bien sûr celle de Nyorai, dont le siège est soutenu par les 12 généraux sacrés. Cet ensemble, la trinité et les douze généraux forment un exemple représentatif de la période Momoyama, fin du 16e siècle.

Beaucoup les considèrent comme des chefs-d'œuvres sculptés par Kōshō, un des six fils d'Unkei. Celui-ci n'est autre que l'artisan derrière de nombreuses pièces maîtresses de l'Art Japonais, dont la statue du Patriarche Muchaku, d'un réalisme saisissant.

Malheureusement, pas de cliché personnel. A cause de la "loi de protection des propriétés culturelles", il était interdit de prendre en photo, flasher, allumer son portable, manger, boire, ou même dessiner à proximité.

Pour me consoler, il restait à l'extérieur la pagode Gojunoto à cinq étages. Culminant à 54,8 mètres, elle est la plus haute pagode de bois du Japon, mais également l'une des moins ouvertes au public. A l'intérieur sont entreposés les cinq bouddhas du bouddhisme Shingon, ainsi que Dainichi Nyorai, le bouddha cosmique protecteur de la ville. Le public ne peut y pénétrer que certains jours de l'année, ce qui la réduit à un élément de décor imposant en bordure du Tō-ji.

En ressortant de la salle aux 21 statues, un papier posé sur le sol attira mon attention. Plié en quatre à côté du stand de talismans, j'ai d'abord cru à une prière oubliée, mais ce n'était finalement qu'un billet de 5000 Yens. Appel à propriétaire. Une fois, deux fois, trois fois. Adjugé vendu à ma poche droite pour la somme de 5000 Yens.

Je me retournai pour vérifier que les cinq Rois Terribles n'étaient pas descendu de leur socle pour réclamer leur part. Aucun signe de colère divine. L'univers m'envoyait un signe, il voulait que j'aille à ce restaurant d'okonomiyaki qu'on m'avait recommandé au nord de Gionmachi.

"Toute chose apparait et disparait par la coïncidence de causes et de conditions. Rien n'existe jamais par lui-même, tout est en relation avec le reste." ©Bouddha




Dereck in Japan : Jour 13 - Salauds de touristes

Posté par Dereck le 18.08.09 à 16:51 | tags : gaming et sushi

 

Kyoto était la promesse d'une respiration au cours de ce voyage au Japon. Un changement d'air me ferait du bien. La mégalopole et sa foule compacte me pinçaient les nerfs. Je quittais donc hier Tokyo pour l'ancienne capitale impériale, me remémorant les souvenirs de ma visite précédente. Les allées ensoleillées, les petits restaurants et le calme de Kyoto refaisaient surface entre deux glaces au Daiquiri.

Une fois les valises posées dans l'appartement qui servirait de base pour une semaine, je m'endormais en pensant fermement que Kyoto serait un break salvateur. La popularité des temples locaux allait me donner tort, tellement tort que je me suis demandé quel enfoiré avait transformé Kyoto en village Club Med Tunis.

Dans la liste des choses à voir dans la ville se trouve le Kiyomizu-Dera, un groupement de temples bouddhiques qui condense de très belles pièces d'architecture, installées sur le point culminant d'une ville en terrain plat.

Construit vers la fin du 8e siècle par Sakanoue no Tamuramaro, l'édifice principal baptisé Otawasan est entouré d'autres temples plus petits qui datent quant à eux du début du 17e. L'ensemble doit son nom à la chute d'eau qui clapote en contrebas. Kiyo mizu signifie "eau pure", une appellation contrôlé par les prêtres du lieu qui lui accordent des vertus curatives.

Le temple central est également célèbre pour sa prouesse architecturale et la légende qui en est tirée. Sa plateforme à flanc de colline est soutenue par des centaines de piliers imbriqués, un assemblage parfait qui défie le temps et la gravité, offrant une vue imprenable sur Kyoto et la forêt du parc pour qui n'a pas le vertige.

La fin de Tigre et Dragon, où Zhang Ziyi se jette du haut d'une cascade en disant que son souhait se réalisera si elle survit à la chute, n'est pas une anecdote isolée dans les légendes asiatiques. Le Kiyomizu-Dera possède la même, puisqu'une histoire de l'époque Edo racontait que quiconque survivant à un saut depuis la plateforme du temple verrait son vœu exaucé.

L'histoire a donné naissance à une expression idiomatique, "Kiyomizu no butai kara tobioriru", un équivalent japonais de "se jeter à l'eau". Les registres d'alors comptabilisent 234 candidats au saut, avec 85% de réussite. Une végétation touffue et seulement 13 mètres de haut n'auront pas suffit à faire du Kiyozumi-Dera un défi mortel.

Les eaux du Kiyomizu-Dera sont quant à elles populaires depuis la construction du complexe dans tout le Japon. La chute Otawa-no-taki, voisine du temple Otawasan, déverse trois bras dans un bassin autour duquel se pressent les visiteurs. Dans l'ordre et la bonne humeur, les pèlerins font la queue avec leur coupelle à la main pour aller boire l'eau et espérer bénéficier de la longévité et de la santé qu'elle doit procurer.

Ce n'est pas le seul endroit du Kiyomizu-Dera où religion et magie se rencontrent, puisqu'en haut d'une volée de marches, le Jishu-Jinja accueille les célibataires et les jeunes couples. Le lieu est dédié à Okuninushino Mikoto et son lapin messager, un dieu qu'on prie pour favoriser les rencontres amoureuses et tomber sur la bonne personne. La particularité de l'enceinte du temple repose sur les deux pierres d'amour qui émergent du sol de sa cour. En essayant de rejoindre les deux points les yeux fermés, les célibataires se garantissent les faveurs d'Okoninushino Mikoto.

Juste à côté se trouvent une paire de peupliers particuliers, au dos duquel les femmes jalouses venaient clouer des effigies en paille de leurs rivales, les maudissant pour se venger d'une liaison ou les écarter d'un prétendant. On peut encore voir sur les troncs les dizaines de trous de clous creusés par des femmes désespérées.

Tout autour de ces reliques et de ces statues, les marchands du temple. Et autour des marchands, des centaines de touristes. Le Kiyomizu-Dera est une sorte de Tour Eiffel du temple bouddhique sur laquelle s'agglutinent les curieux, les dévots et les touristes comme des mouches sur un pain de sucre.

Je suis l'une de ces mouches. J'ai remonté l'avenue Gojo-Dori jusqu'au pied de la colline, j'ai sué sous le soleil de midi pour arriver aux premières marches saintes, pendant que d'autres se faisaient déposer en Taxi ou en pousse-pousse à quelques mètres de là. En fait, je me sentais dépossédé de ma rencontre.
La plateforme est surchargée de monde, les chaussures s'alignent en brochette nauséabonde devant l'autel de l'Otawasan. Alors que certains prient pour la prospérité, je me surprends à prier pour que tous se figent au moins le temps d'une contemplation.

Par curiosité, j'ai bu l'eau de l'Otawa-no-taki, seulement deux sources et pas trois, que les dieux ne me punissent pas pour ma cupidité.

En fermant les yeux, j'ai demandé le silence. Quelques heures plus tard, la nuit était tombée sur les bords de la rivière Kamogawa. De rares sonnettes de bicyclettes venaient couvrir le bruit des flots qui se brisaient en dévalant le lit en escalier.

Mon vœu était exaucé, je n'avais qu'à savoir où partir en pélerinage.




Dereck in Japan : Jour 12 - Tadatsu

Posté par Dereck le 17.08.09 à 16:50 | tags : gaming et sushi

Des tongs en plastique transparent premier prix, un pantalon de costume retroussé aux genoux et serré à la taille par une ficelle, une chemise blanche râpée mais fraîche de la laverie. Tadatsu est un clochard modèle d'Ueno. La peau brune de son crâne dégarni se plisse à chaque fin de phrase, ses mains se croisent et se décroisent au gré des mots, sur les poignées d'un sac contenant deux onigiri et une briquette de saké.

J'étais en reconnaissance photo dans le parc d'Ueno lorsque Tadatsu m'a interpellé devant la porte qui menait au Tōshōgū, un temple dédié à Ieyasu Tokugawa. J'avais pris une pause pour changer les réglages ISO du prochain cliché, et c'est en relevant la tête que le contact visuel s'est fait, involontairement.

"Ne perdez pas votre temps, c'est en travaux là-bas, vous savez."

Tadatsu s'était adressé à moi en anglais, un anglais au fort accent japonais qu'il entrecoupait de "à mon avis, vous savez" en guise de ponctuation. Le Tōshōgū était en effet en travaux, j'avais voulu le visiter la veille. Comme pour le Senso-Ji, une grande bâche recouvrait l'édifice, sauf que cette fois, les ingénieurs avaient imprimé un grand trompe-l'œil sur la toile pour que de loin, les visiteurs aient l'impression que rien n'avait changé.

"Vous venez d'où comme ça ?"

La conversation était lancée. Ou plutôt une réflexion à voix haute, le monologue d'un vieil homme que personne n'écoute et qui voulait vider son sac à un étranger. Tadatsu me parla pendant presque trois quarts d'heures, et il aurait pu continuer encore plus longtemps, si je n'avais pas eu un train à prendre pour Kyoto.

Il parla de tout ce qui lui passait par la tête, de l'histoire du Tōshōgū, du démon du Pachinko, du maïs grillé qu'on vend sur les stands autour du lac. Des sujets légers, un échauffement avant de parler de ce qui l'inquiétait vraiment. Tadatsu avait connu la bombe et l'occupation, il avait appris l'anglais à l'école comme un cadeau et pas comme une humiliation, il avait connu l'âge d'or des entreprises électroniques, puis la crise économique. Et il se désolait en voyant ce qu'était devenu son pays.

"Tu vois, c'est bien que tu parles aux vieux comme moi, que tu écoutes même quand on dit des choses pas importantes. C'est bien de parler, de communiquer. Pas seulement avec les vieux, mais de vraiment communiquer. Tu sais, les jeunes, ils ont leurs téléphones, internet, mais ils parlent en restant seuls avec leurs machines, et quand ils sont face à face, on dirait des muets qui se font des signes !

Tadatsu mime alors quelqu'un qui envoie un texto, puis une volute de fumée qui s'échappe de l'écran de portable imaginaire.

"Une aptitude à communiquer, c'est ce qu'on doit développer au Japon. Parce qu'on sait même plus se parler entre nous, entre générations et entre sexes."

Un couple passe à notre hauteur, deux occidentaux typiques. Bien cuit sur les bords, blond-roux, lunettes de soleil et Biafine sur le nez. Tadatsu les regarde se diriger vers le temple en se grattant le mollet. Il reprend en me regardant de côté.

"Je me demande pourquoi l'Asie et l'Occident sont encore séparés. Pourquoi on ne se mélange pas ? On a les avions, les bateaux, mais une fois que les étrangers sont ici, on a l'impression que quelque chose les garde sur la frontière. Avec les américains, on avait une opportunité qu'on n'a pas saisie.
Quand j'étais jeune, j'avais une petite amie, elle m'a quitté pour un américain. Et bien j'aimerais que ça arrive à tout le monde ici, que vous les occidentaux vous repartiez avec nos femmes, pour qu'on aille chercher nos femmes ailleurs dans le monde !"


Depuis le temps qu'on discute, mon appareil photo n'en peut plus d'attendre et se met en veille. Le bruit de l'objectif qui se rétracte attire l'attention de Tadatsu qui enchaîne.

"C'est ça la différence entre vous et nous. Quand vous venez ici, vous prenez des photos, mais vous lisez tous les panneaux, même ceux qui ne servent à rien, genre celui-là qui parle des papiers gras. Vous êtes curieux. Nous, quand on va à l'étranger, on ne fait que prendre des photos, on fige ce qu'on voit pour se faire des souvenirs, mais on ne retient rien de l'histoire ou de la culture du pays qu'on visite.
Tout le japon est devenu comme ça, il pense qu'il se suffit à lui-même, il n'est pas curieux. S'il continue, sa culture va mourir, mais personne ne viendra la reconstruire comme pour le temple là-bas."


Il regarde alors dans son sac pour en sortir une des deux boulettes de riz. Il la contemple, comme s'il allait la manger à travers l'emballage, la fait tourner dans sa main, puis la repose à sa place. Je profite de la respiration pour lui dire que j'admire son anglais, qu'il le parle beaucoup mieux que tous les jeunes que j'ai croisés, dont les employés d'accueil aux musées ou dans les magasins.
La remarque le fait rire et il se frotte le crâne, un peu gêné le temps de reprendre sa contenance.

"L'anglais, c'est 100% okay. Mais les jeunes ne parlent pas anglais, ils sortent des mots anglais pour se donner un genre, sans savoir le parler. On ne communique pas seulement avec des "Happy", "Love" ou "Smile"... Tu me dis que plus de vieux que de jeunes parlent anglais, et moi je te dis que c'est parce que les professeurs ont changé. Avant on n'avait pas vraiment le choix et on apprenait la langue, maintenant on fait apprendre un livre de langue. C'est comme apprendre une blague sans savoir pourquoi elle est drôle !
C'est formidable quand même, on envoie nos étudiants en Amérique, on envoie nos joueurs de base-ball aux Etats-Unis, on en est très fier, mais on n'arrive pas à se débarrasser de cette rancune envers eux, ni à les accepter quand ils viennent en touristes."


Il fait une autre pause. Ses mains triturent le sac plastique pour y faire un nœud. Il soupire en secouant la tête avant de reprendre.

"Tu veux que je te dise, on n'a rien appris. La bombe ne nous a rien appris. Tu regardes les jeunes, tu regardes les partis politiques, ils n'ont rien appris. C'est pas comme ça qu'on va réunir l'Asie et l'Occident. Moi je dis, va parler aux filles, et ramènes-en une chez toi !"


On se sépare sur des rires et des excuses. Je dois prendre le Shinkansen Hikari pour Kyoto dans moins de deux heures et ma valise n'est pas faite. Pas le temps de tirer le portrait de Tadatsu, dont je n'aurais d'ailleurs jamais su le nom si je ne lui avais pas dit le mien.
Une poignée de main, et il me tourne le dos, s'engage dans l'allée pour disparaître derrière un arbuste où se trouve sa tente.

Pas le temps de le prendre en photo. Je n'aurai que son dos et ses mains pour illustrer cette discussion étrange sur l'allée du Tōshōgū. Je n'arrive pas encore à trier, à savoir si j'ai assisté au radotage d'un clochard désabusé, ou à la sagesse de Diogène.
Sans travail, sans statut social, Tadatsu vit en marge d'une société qu'il observe pourtant avec attention. Et son opinion, marquée par l'histoire, montre une clairvoyance du présent que les discours de campagne diffusés à la télévision ne font qu'effleurer.

Satoshi Kon avec Tokyo Godfathers ou Naoki Urasawa avec 20th Century Boys ont tenté de le souffler à leurs contemporains : Ces vieux clochards, à cause ou grâce à leur retrait de la société, ont le recul nécessaire pour voir où va le Japon.

Que le Japon daigne écouter reposera, comme me l'a dit quelqu'un, sur son aptitude à communiquer.




Dereck in Japan : Jour 9 : Je suis balade, complètebent balade

Posté par Dereck le 14.08.09 à 16:34 | tags : gaming et sushi

 

Depuis le typhon de la semaine dernière, un rhume sournois attendait son heure pour faire surface. Aujourd'hui, j'en suis au stade fontaine-à-morve et crâne-pastèque, mais plus inquiétant pour moi dans un quartier principalement constitué de restaurants, j'ai perdu le sens du goût.

Cette panne temporaire me donne néanmoins l'occasion de vous parler de tout ce que je ne regrette pas dans le grand frigo du Japon. Nous ne sommes pas que dans la patrie du poisson cru et des alcools de riz savoureux, nous sommes également dans un pays où notre palais d'occidental peut se sentir agressé.

L'exemple le plus marquant de ces derniers jours : Le natto-nigiri. Le Nigii est la boulette de riz qui sert de support à la nourriture qu'on y dépose, de fait l'Onigiri est cette boulette de riz fourrée qu'on trouve dans les convenient stores et les supermarchés pour un prix dérisoire.

Le Natto est en revanche un aliment fourbe, que l'estomac occidental ne peut appréhender. Il est conçu à base haricots de soja que l'on a fait tremper puis cuire à la vapeur. On y ajoute ensuite un ferment, le Bacillus Subtilis, et le tout fermente une journée. Le natto est donc une sorte de yaourt à grains, très bon pour la santé, qui s'accommode avec de la moutarde et de la sauce soja.
On le déguste alors sur du riz chaud, de préférence avec un œuf cru ou du poireau émincé.

Si la description donne envie, l'aspect et surtout la saveur auront vite fait de calmer les plus téméraires. La consistance se situe entre morve et diarrhée, alors que le goût rappelle celui d'un camembert trop fait qui s'est coincé dans l'œsophage après une remontée acide.

Le nato-nigiri possède ces étonnantes qualités physiques et gustatives, ce qui ne m'a pourtant pas empêché d'un prendre une paire au sushi bar et de le regretter amèrement la demi-heure suivante. Ce salopard ressemble à s'y méprendre à l'uni-nigiri, soit la boulette recouverte d'oursin haché. Le natto est fourbe, je vous l'avais dit.

Le natto et ses dérivés ne sont qu'une partie des plats capables de décontenancer nos papilles de demoiselle, puisque les japonais possèdent un catalogue énorme de sodas et de boissons faiblement alcoolisées qui vont de l'imbuvable au profondément dégueulasse.

La pire étant le Chu-Hai, abréviation de shōchū highball, un cocktail très sucré normalement compose d'alcool traditionnel et agrémenté de fruits. La plupart des marques sur le marché sont parfumées au citron, quoiqu'il se trouve maintenant au raisin, kiwi, ananas ou pêche. A la différence du Chu-Hai des restaurants, simplement médiocre, celui qu'on peut acheter en canettes est un concentré de merde liquide citronnée.

Les deux plus représentatifs sont le Hiliki Chu-Hi qui prétend suivre la recette originale, et le -196°C Zero Dry de Suntory, un équivalent d'alcopop créé pour rameuter les jeunes qui délaissaient la Fée Ethyle.

La version de Hiliki retranscrit à la perfection l'arôme des savons-banane vissés aux lavabos de nos écoles. Il a ce même parfum de PAIC citron, cette amertume unique et chimique qui nous flattait le palais quand on avait eu la stupidité de se lécher les doigts pendant le repas. Bon courage à ceux qui voudront reconnaître la base de shōchū qui aura servi à élaborer cette flotte.

Le -196°C Zero Dry surpasse Hiliki, puisqu'il culmine à 3% d'alcool et se targue d'être light. En pratique, il développe comme le Fanta Citron Frappé cet arôme unique de reflux gastrique acidulé à cause de ses édulcorants. Une fois passé le premier contact, on reste sur l'impression d'avoir ingéré du lave-vitre dans lequel seraient tombés des rince-doigts KFC.
Et après ça, Suntory va encore se demander pourquoi les jeunes se détournent de l'alcool.

La recette du Chu-Hai en canette est assez souvent modifiée pour se rapprocher encore plus de l'alcopop, certains allant même jusqu'à remplacer le shōchū par de la vodka antigel. On peut considérer le Chu-Hai comme une sorte de Smirnoff Ice réservée à ceux qui veulent descendre toujours plus bas dans la chaîne alimentaire.

Sur ma langue, tout ressemble à du carton, du haché de thon gras aux petits poulpes pimentés de l'apéritif. Le tas de mouchoirs sur ma table et la poubelle pleine de cadavres morveux témoignent d'un embouteillage sinusal qui m'empêche de ressentir la moindre variation de saveur.
Pour célébrer cette anesthésie gustative, j'irai dîner dans une cantine d'Asakusa, et je commanderai une bouteille de Chu-Hai, l'accompagnement parfait d'un grand bol de natto.

Je veux offrir au patron une anecdote unique, celle du gaijin qui termina son étrange repas le sourire aux lèvres. Et sans finir la tête dans la cuvette.

- Crédits Photo Au Japon et Sakichim -




Dereck in Japan : Jour 8 - Rien

Posté par Dereck le 13.08.09 à 15:01 | tags : gaming et sushi

 

Rien comme rien d'important, rien comme la sensation de vide qu'on ressent devant la composition d'un jardin centenaire. Une réplique molle m'a tiré de mon sommeil, une ombre de tremblement de terre qui m'a donné l'opportunité d'un bain matinal dans la grande salle d'eau de l'auberge. Une fois le homard bien cuit, j'étais prêt à suer une seconde fois sous le soleil émergent de Tokyo.
Après l'effervescence de Shinjuku, Shibuya et Kabukicho, j'avais envie de végéter dans un endroit calme et de prendre racine, de transpirer au calme.

Mon choix s'est porté sur le Jardin Rikugien, un jardin décoratif basé sur thème de la poésie Waka construit pendant la période Genroku. Il fut créé par un ami proche du shogun Tsunayoshi Tokugawa, Yoshiyasu Yanagisawa.

Les travaux du jardin Rikugien commencèrent en 1695 pour s'achever en 1702, soit à peine 7 ans avant la retraite de Yoshiyasu et 12 ans avant sa mort. De type classique avec un lac et une colline, le Rikugien possédait à l'époque 88 points de vue, chacun représentant une expression végétale de la poésie Waka.

Celle-ci est une forme regroupant plusieurs types de poésies japonaises basées sur une structure chinoise, et le nom Rikugien fait référence aux six catégories de poésie chinoise, Riku étant la forme chinoise de Roku, "six" en japonais.

Yoshiyasu Yanagisawa était également le Wakashu de Tokugawa, c'est-à-dire qu'ils vécurent une forme de "pédagogie érotique" en vogue chez les samurai de l'époque. La pratique est tombée en désuétude avec l'arrivée du christianisme, mais cela n'empêche pas les gens de confondre Wakashu et Wakashū, en référence au Kokin Wakashū. Ce recueil de poésie, qui servit de base au jardin, n'est pas un nom transparent pour une compilation de poèmes grivois parlant d'un coquin damoiseau, mais plutôt un ouvrage de référence en matière de Waka.

La poésie Waka a assez marqué son époque pour devenir un mode de communication à part entière, des poètes qui s'estimaient correspondaient par poèmes interposé, de même que certains jeunes couples qui voulaient préserver leur vie privée.

Depuis Yoshiyasu, c'est Iwasaki Yataro, le fondateur de Mitsubishi et propriétaire du jardin Kiyosumi, qui fit l'acquisition du lieu, avant que sa famille n'en fasse don à la ville de Tokyo en 1938 pour l'ouvrir au public.

Le Rikugien est une mise en scène à chaque volée de marches, à chaque arbuste. Les plantes sont taillées en permanence pour maintenir les compositions dans leur forme d'origine.
Si rien ne semble bouger lorsqu'on s'assoit pour discerner les intentions de Yoshiyasu, on perçoit néanmoins les clapotis du lac, les ondulations de l'eau provoquées par les tortues et les carpes qui l'habitent. Le jardin n'est pas immobile pour autant, puisque les différentes périodes de floraison entretiennent un cycle de couleurs auquel participent les mimosas, les cerisiers et les camélias de ses allées.

Frôlé par un vent tiède, je me disais que je n'avais rien vu de remarquable aujourd'hui. Rien d'aussi remarquable que le Rikugien, en tous cas.




Dereck in Japan : Jour 7 - Je affectueux le France

Posté par Dereck le 12.08.09 à 14:56 | tags : gaming et sushi

 

Le Franponais. Dialecte-collision semblable à l'engrish, à ceci près qu'il écorche la langue de Molière avec du papier de verre gros grain. La France, en dépit de ce que nous autres français en pensons, possède un rayonnement culturel inattendu chez les japonais.

Nous incarnons pour eux la classe naturelle, la galanterie spontanée, le raffinement. Les japonais se sont mis dans le crâne une image de la France qui égale celle que les grotakus camembert se sont fait de l'archipel.

Paris, plus particulièrement, est considérée comme un épicentre de haute couture, les habitants sont présumés fashion, leur bon goût indiscutable. Pas étonnant donc que les japonais baptisent leurs magasins de mode ou leurs marques d'un mot français. Ou tout du moins qu'ils supposent français. Cela donne le franponais, des traductions mot à mot de phrases nippones, ou des expressions idiomatiques bien de chez nous passées par le téléphone arabe, le mixeur slovaque et le shaker finlandais.

La plupart du temps, les résultats sont des approximations qui se foutent des accords ou des participes passés, des mots probablement choisis dans le dictionnaire des synonymes parce qu'ils sonnaient bien.

Lors d'une visite aux magasins de Shibuya et Shinjuku, la fantaisie du franponais en vigueur m'a poussé à prendre des photos, au nez et à la barbe des vigiles, pour documenter cette merveilleuse mélodie de barbarismes.

Au cours de mes trajets, j'ai également croisé le restaurant La Belle Touffe, les marques Comme ça du mode, Moi-même-moitié et le café Tarte de Roman. Ceux qui ont quelques notions de J-Rock savent d'ailleurs que Moi-même-moitié est le label vestimentaire de Mana, fondateur de son groupe franponisé, Moi dix Mois.

Avec ce culte du français, on comprend mieux pourquoi les touristes japonais sombrent dans la dépression en arrivant chez nous. Notre belle contrée de beaufs racistes qui bouffent du Bigard et écoutent de la Nouvelle Star a vite fait de liquéfier leur idéal façonné à coup de Lady Oscar / Versailles no Bara. Le Paris Syndrome est un équivalent du syndrome de Stendhal.
On l'explique par un décalage horaire mal encaissé, une barrière linguistique et culturelle, mais soyons réalistes, c'est parce leur bulle éclate au contact de notre rugosité.

J'aurais voulu terminer sur une franponaiserie classieuse, j'aurais voulu vous envoyer acheter des mouchoirs sur Partouze.jp, mais à la place, je préfère partir comme un Prince et vous montrer ma Petit Bit.

 

- Un peu plus de Franponais pour ceux qui l'amour vrai de la français -




Dereck in Japan : Jour 6 - Kabukicho s'éveille

Posté par Dereck le 11.08.09 à 16:52 | tags : gaming et sushi

 

Un autre jour, une autre secousse. Pas une mince vibration de RER B comme celle d'hier, plutôt la fin d'une onde née sur la côte japonaise dont on parlera dans les journaux nationaux. Les murs ont tremblé, les voisins se sont agités, le distributeur en bas de l'auberge n'avait plus d'Asahi. C'était la fin du monde.

Réveillé depuis 5 heures du matin, j'attends patiemment que la station d'Asakusa ouvre pour prendre les premiers métros vers Shinjuku. Je dois renouer avec un quartier que j'avais particulièrement aimé lors de mon premier voyage. Kabukicho et moi-même avions beaucoup à nous dire.

Conçu pour accueillir les théâtres populaires de Tokyo, Kabukicho, littéralement quartier du kabuki, est devenu célèbre pour d'autres raisons moins culturelles. Les bars, les restaurants, les salles de jeu et les clubs privés s'y sont multiplié en quelques années, développant un microcosme particulier et une faune tout aussi particulière. Les Yakuza, les hôtesses, les rabatteurs se côtoient en voisins, donnant au lieu son identité sulfureuse et sordide.

Kabukicho respire la nuit, fréquenté par des papillons que les lanternes électriques attirent. Les écolières discutent devant le bowling pendant que les hosts prennent leur pause clope à l'entrée d'un parking, les touristes se laissent tenter par un massage.

C'est pourtant Kabukicho le matin qui m'a séduit. Ce matin où les hosts aux yeux cernés rentrent chez eux avec leur beau costume bien rangé dans une housse, où nos touristes sortent d'un love hotel après leur fameux massage. Les taxis quadrillent les rues et redistribuent les noctambules épuisés chez eux.
A proximité, le temple Hanazono, où l'on peut croiser des yakuza et des patrons de bar venus prier pour la réussite de leur entreprise.

L'endroit est presque trop calme, quand on sait qu'à un demi-bloc, des hôtesses habillées en lycéennes commencent déjà à distribuer des tracts. Une tâche qu'elles font avec plus ou moins d'entrain, puisque les Hosts du rade voisin sont venu leur tenir compagnie, pour discuter, ou plutôt parce que leur crémerie est en plein soleil.

Il est à peine 8 heures mais le soleil frappe de toutes ses forces sur ma nuque et sur celles des passants qui se cachent dans l'ombre d'un poteau le temps que le feu passe au vert.

 

La salle de Pachinko Passage est déjà assiégée par les fidèles, des accros qui iront dès l'ouverture claquer leurs économies du mois sur les machines à sous. Ils font la queue, en silence, le nez collé à leur DS ou leur portable, pour égrener les minutes au rythme des billes qui cliquettent dans leur tête.

En deux ans, la Grand-Place de Kabukicho a changé. Les sans abris qui vivaient auparavant dans le parc Ohkubo dorment à même le dallage de l'esplanade. A une poignée de mètres cohabitent les chômeurs résignés et les travailleurs du matin, ceux qui remplissent les caves des bars et les frigos des restaurants.
La fumée de leurs cigarettes s'évanouit au-dessus des immeubles recouverts de miroirs, des devantures surchargées des hôtels de passe. Les matelas imbibés de la sueur des couples intérimaires pendent aux fenêtres et contemplent les livreurs se presser avec leurs diables.

Le Batting Center vient d'ouvrir. Un couple d'hôtesses fait une partie de Taiko no Tatsujin pendant que leurs collègues transpirent sur leurs premiers homeruns de la journée. D'ici quelques heures, ils seront tous redevenus des gravures de mode formatées au teint lisse, des fantasmes inaccessibles et hors de prix qui accompagnent chaque verre d'un rire faux.

Kabukicho est malgré tout devenu le quartier du théâtre populaire, une scène d'une vingtaine de blocs où se joue chaque soir la comédie humaine. Et ses matins sont ses coulisses.




Dereck in Japan : Jour 5 - L'Ogre Occidental

Posté par Dereck le 10.08.09 à 16:45 | tags : gaming et sushi

L'auberge ne se sera pas effondrée sur ma tête cette nuit non plus. Typhon. Check. Tremblement de terre. Check. Ne manquent que le tsunami ou la coulée de boue, et j'aurai fait le tour des catastrophes naturelles japonaises. La sensation de fauteuil vibrant que j'avais ressenti il y a deux ans est revenue, plus faible, sous forme d'une timide réponse sismique. Comme il y a deux ans, mes voisins sont sortis en courant de leurs chambres. Puis le silence est revenu, uniquement troublé par les glou-glou de la bière bien fraîche que je suis descendu prendre au coin du bloc.

Le réveil s'est fait dans la moiteur des rues où s'évapore la pluie des jours précédents. Un thé, une boulette fourrée au poisson séché, et me voilà fin prêt pour bouffer le monde. Par là, j'entendais prendre ma revanche sur une certaine borne d'arcade.

Akihabara semblait presque désert, mis à part les queues perpétuelles de clients qui trépignent en attendant leur Dragon Quest IX. Le phénomène est à la hauteur des chiffres rapportés un peu partout, les trottoirs devant les magasins qui ont encore le jeu en stock ne désemplissent pas. Les japonais sont la bitch de Square Enix, DQIX affiche des ventes record qui font passer le lancement de Super Mario Galaxy pour le lancement d'un jeu Xbox 360.

 

Les bornes du Taito Station m'accueillent moi et mes pièces de 100 Yens comme le fils prodigue bâtard et moche que je suis. D'abord, un tour sur Street Fighter IV pour m'échauffer. Ce qui aurait pu être une bonne idée si j'avais pris une borne offline. Here comes a new challenger, qui n'a visiblement pas envie de perdre puisqu'il sort son Sagat des grands jours.
Quatre rounds plus tard, mon rival quitte la borne sur une défaite et un Ultra sorti à l'arrache. Le Shoryu-pif était avec moi, j'assume pleinement ma médiocrité. Mon challenger se lève et me jette un regard crispé avant de partir avec sa bimbo sur-pimpée.

BlazBlue me toisait à deux mètres de là. Seule et boudée des joueurs, la borne n'avait pas oubliée comment elle avait triomphé sur mes réflexes engourdis. Pour ma part, je n'avais pas oublié que son Boss devait surement avoir une faille énorme qui m'échappait.

Le rituel recommence. Je pose mes cinq jetons sur le panneau, bien alignés, et le duel commence. Je joue plus lentement, je mets en applications les finesses que j'avais découvertes. Ma technique avec Bang Shinigami s'améliore au fur et à mesure que les prises à la volée, les Air Recovery, les Air Dash et Counters sortent.

Le Boss entre en scène et me massacre la moitié de la jauge en cinq secondes. Par réflexe de vieux gamer, une balayette lui fauche les jambes. Puis une autre. J'avais trouvé la faille. Cette fouine de V-13 restait debout comme une gourde, incapable de se mettre en garde basse les trois quarts du temps à cause de sa lévitation tape-à-l'œil. Balayette-combo-furie, emballé c'est pesé en trois rounds sans rajouter un seul jeton.

Je prends quelques photos des écrans de fin comme trophée de guerre, le petit groupe qui s'était formé derrière moi se disperse. Le spectacle est terminé, merci d'être passé.

Sur le chemin du retour, une fillette me dévisage depuis le trottoir d'en face. Elle me montre du doigt en tirant sur la chemise de son père. Au moment où je les croise sur le passage clouté, il la prend alors par les épaules et l'agite devant moi, comme s'il allait me la donner à manger. La fillette hurle et se débat, terrorisée. Les parents rient aux éclats.

Moi qui voulait dévorer le monde, je ne suis qu'un croquemitaine occidental.

- Crédit Photo Reuters & Stefan@Flickr -




Dereck in Japan : Jour 4 – Musée Ghibli, le parcours du con battant

Posté par Dereck le 09.08.09 à 15:36 | tags : gaming et sushi

 

La Japon a une manière bien à lui d'exprimer son imperméabilité envers l'étranger, celui qui par définition n'appartient pas à son cercle sociétal. Elle se fait indirectement, en limitant des services de confort aux uniques citoyens japonais ou aux résidents officiels estampillés Label Rouge.

On ne peut donc plus acheter de cigarettes à 2€ le paquet dans les distributeurs, parce qu'une carte Taspo avec photo d'identité et justificatif de résidence, est nécessaire pour avoir accès aux bâtonnets de cancer. Il n'est pas non plus possible de troquer ou revendre des jeux ou CD/DVD, parce qu'il faut montrer son visa.

Par ailleurs, on ne compte plus les jeunes qui ne savent pas articuler le moindre mot d'anglais alors qu'ils travaillent sur des lieux fréquentés par l'envahisseur. C'est d'autant plus consternant que la proportion de personnes âgées qui possède des notions d'anglais semble supérieure. Une des conséquences de l'occupation américaine post-capitulation, nous explique-t-on.

La dernière course d'obstacle disputée sur le sol japonais a été le cent mètres réservation de billets chez Lawson. La chaîne de convenient stores possède ses bornes de billetterie façon FNAC, un service nommé Loppi. Ayant décidé de faire le gros touriste régressif, le Musée Ghibli faisait partie de ma liste de visites.

Pour se procurer les billets, il faut soit passer par une seule agence parisienne qui les revend à 15€ l'unité, soit les acheter sur une borne Loppi pour seulement 7€. Radin comme je suis, le choix était vite fait. Radin et agacé par le quota de 200 visiteurs étrangers par mois que le musée impose. En effet, deux cents billets seulement sont émis par mois et réservés aux agences de voyage.

 

Le site du Musée Ghibli possède une page en anglais qui nous guide pas à pas pour réserver ses billets, en nous montrant où il faut cliquer pour obtenir ses Pass. Première surprise, le navigateur de Loppi a été mis à jour et la disposition n'est plus du tout la même. Un employé du magasin vient alors m'aider et devient mon chien d'aveugle dans les menus de Loppi.

Le système fonctionne assez bien jusqu'au choix des horaires. Sachez que le Musée Ghibli rivalise en taille avec un F½ Parisien et que des tranches horaires ont été instaurées, pour ajouter un autre quota de visiteurs par séance de deux heures.

Une fois la tranche choisie après une dizaine de refus, vient le paiement. Les tickets ne sont pas édités directement, et si l'on ne paye pas avec sa carte Lawson, il faut renseigner son nom, puis faire émettre un reçu qui nous permettra enfin de payer les billets à la caisse du magasin.
Afin de bien faire comprendre qu'un barbare n'a aucune chance de valider sa réservation sur une borne Loppi, il faut entrer nom et prénom en caractères Hiragana et Katakana.

Le vendeur a été charmant, en entrant mon nom sur le clavier tactile pour combler mes lacunes en alphabet japonais. Cette dernière phase accomplie, il ne reste plus qu'à prendre le bon imprimé par la borne et aller en caisse. Il faut alors signer le reçu, en écrivant en toutes lettres le même nom que celui de la réservation, puis signer.

Une dizaine de remerciements plus tard, j'étais dans la rue, mes billets à la main. L'aspect laborieux du processus et les limitations imposées par le Musée Ghibli sont à l'image de ce pays. Bien qu'étant des clients, nous sommes avant tout une nuisance indésirable, une pollution humaine qu'on tient à l'écart pour favoriser son évacuation.

Les sourires et la politesse robotiques du réceptionniste n'arriveront pas à dissiper mon sentiment d'amertume lorsque je rentre au Ryokan. Ce soir, je me coucherai en me sentant profondément détesté.




Dereck in Japan : Jour 3 - Retour karmique

Posté par Dereck le 08.08.09 à 17:12 | tags : gaming et sushi

 

L'univers, que les adultes apeurés appellent Dieu, a probablement décidé de me faire payer le génocide massif des crevettes locales par commandes successives de Tempura. A 400¥/3€ le bol de cinq, ce serait un crime de s'en priver.
Pour l'univers, toutefois, ce doit être un crime passible de Karmic Payback, cette vengeance céleste qui vous pourrit la journée afin de vous faire comprendre que vous avez déconné avec l'équilibre cosmique.

C'est du moins, ce que je pensais lorsque le réceptionniste de l'auberge de famille où j'avais réservé m'a dit qu'il s'était trompé dans les dates. J'étais obligé de passer trois jours dans une autre chambre, déplacer mes affaires et briser mon sanctuaire optimisé pour me déraciner en territoire inconnu.
Pour ce désagrément, le réceptionniste s'excusa une dizaine de fois au comptoir, une autre dizaine de fois en me tendant la clé et autant sur le chemin qui me menait à l'ascenseur. Qui se trouve à 2 mètres du guichet.

L'engrish du réceptionniste, "Not same room sorry", ne m'avait pas préparé à la bonne surprise. Pour compenser son erreur de planning, j'avais été surclassé. J'étais passé de six tatamis à double superficie avec living séparé, salle de bains et frigo avec plus de rangements encastrés que je n'avais de bagages. Je pense que je vais apprécier ces trois jours.

Afin de passer une journée constructive, mes pas m'ont conduit vers Akihabara. Une journée constructive et productive pendant laquelle je dépenserais mon budget bouffe à me faire fracasser par des enfants mutants qui dominent Street Fighter IV sans jamais crisper le sourcil. La perspective de me faire humilier m'a fait converger vers les magasins d'occasion, où j'errais en quête d'un Taiko no Tatsujin presque neuf, d'une figurine horriblement chère mais séduisante, ou d'un jeu obscur impliquant des samurais à gros seins.

Après six heures à faire les boutiques comme une midinette en période de soldes, j'ai fini par entrer à la Taito Station pour faire face à mon destin. Les publicités de BlazBlue m'avaient nargué toute la journée, intronisant le jeu "le plus technique actuellement sur le marché". Ha. Technique. Exactement ce qu'il me fallait pour m'infliger une défaite cuisante au Round 2 puis accuser BlazBlue d'être une merde mal équilibrée en digne New Game Journalist que je suis.

BlazBlue est au premier abord aussi technique qu'il est graphiquement irréprochable. Très rapide, ultra-réactif, les manipulations sortent sans effort et les timing se font à la frame près. Le titre bénéficie d'une finition admirable mais également d'une courbe d'apprentissage en pente raide.
Dès le troisième combat sur dix, l'adversaire sort des cancel, des contre, des prises cancel, des furies-juggle-launch qui combotent à mort. Ce n'est pas avec le mémo de 10 lignes par personnage collé sur la borne qu'on comprend la finesse de son gameplay, mais à travers une expérimentation qui reprend les mécanismes de Guilty Gear. Une expérimentation douloureuse.

BlazBlue est à prendre comme un Guilty Gear défoncé au crack, exubérant, qui ne pardonne aucune faiblesse.

Avec de la persévérance, je suis arrivé au Boss Final, une V-13 à se prendre la tête entre les mains. ce que j'ai fait d'ailleurs lors du premier Continue. Trois rounds dans la tronche avec seulement un quart de sa jauge restant. Il ne me restait que trois pièces, que j'ai toutes gaspillées en tentant de la vaincre. Le dernier round était le Final, deux chacun, gagné in extremis à 4 pixels du KO.
Lessivé et humilié, les combos à 42 hits de V-13 avaient calmé mon ardeur guerrière  mais m'avaient appris que BlazBlue avait de quoi se tailler une réputation dans la sphère du jeu de combat. En comparaison, King of Fighters XII fait peine à voir par sa lourdeur et sa finition de sweatshop thaïlandais.

L'univers avait finalement imposé sa volonté en attendant patiemment que je cède au pêché d'orgueil. Tu m'as eu ce soir, l'univers, mais je te promets que demain, je mettrai une misère légendaire à cette roulure de V-13.

L'univers ne va pas s'en tirer aussi facilement.




Dereck in Japan : La définition réelle de l'Epic Win

Posté par Dereck le 08.08.09 à 14:54 | tags : gaming et sushi, geek, star wars

L'Epic Win est l'opposé total de l'Epic Fail, dans le sens qu'au lieu de vous couvrir d'une honte poisseuse et malodorante, il vous fait rayonner de mille feux, vous transformant  en Winner flamboyant. L'Epic Win, si je devais le définir avec précision, serait un pack commémoratif 30 de Star Wars en série limitée composé d'une paire de robots Transformers qui se métamorphosent à volonté en Darth Vader, Obi Wan Kenobi, Tie Fighter et Jedi Fighter. On trouverait même dans ce pack des micro-figurines de Ben et Darth pour les mettre dans les cockpits de chaque robot.

Cet Epic Win, messieurs-dames, n'est pas seulement dû à la nature de l'objet, mais au fait qu'il était exceptionnellement en soldes à 50% aujourd'hui et que je l'ai emporté sous le bras pour l'équivalent de douze euros.

Vos moqueries ne m'atteignent pas. Les Transformers sont les jouets les plus cools existant sur cette planète.
Et si t'es pas d'accord, je te casse la gueule à la récré.




Dereck in Japan : Jour 2 - Héritage culturel et droits de succession

Posté par Dereck le 07.08.09 à 15:35 | tags : gaming et sushi

En dépit d'un premier jour mitigé, je n'avais pas renoncé à ma dose de chignons et de samurai. Si le Fukagawa Edo Museum était fermé, l'Edo Tokyo Museum était quant à lui toujours ouvert. L'édifice, énorme, ressemble de l'extérieur à une base Transformers qui essaye de se camoufler en maison sur pilotis. Le bâtiment s'élève sur sept étages, mais seulement quelques-uns sont utilisés. Le second correspond à un escalator interminable, le 4e sert au stockage des pièces exposées, et le 7e n'est qu'une cafétéria.

L'Edo Tokyo Museum est pourtant impressionnant par son envergure et sa superficie, dès lors qu'on pénètre dans le hall d'exposition par le 6e étage. On traverse un pont de bois de type traditionnel, qui surplombe des reconstitutions de maisons médiévales et modernes. Le musée ne se concentre en effet pas seulement sur la période Edo-Japon féodal, mais également sur toute la croissance du pays à l'ère Meiji et son ouverture vers l'occident.

La muséologie est superbe, composée de nombreuses maquettes très détaillées, de dioramas précis et de schémas explicatifs qui permettent de comprendre l'architecture japonaise. Les cartouches qui décrivent chaque pièce sont en revanche très succincts, se contentant de traduite le titre ou seulement certains textes nécessaires. Le reste doit être apprivoisé et assimilé selon les bases culturelles qu'on possède déjà.

En cela, le musée est très accessible pour le public japonais, car très pédagogue, démonstratif, il regorge de reconstitutions et d'installations qu'on peut visiter à condition d'enlever ses chaussures. Pour l'occidental de base, par contre, il possède des zones d'ombre impénétrables parce que non-documentées.

La déambulation dans le musée est agréable sous un plafond très haut, des couloirs larges bordés de sièges confortables pour agoniser en paix avant de repartir. Ce qui dérange, en fin de compte, c'est la manière dont est traitée la partie moderne de la collection.

Profondément nostalgique d'un temps plus simple, elle parle d'occidentalisation, de progrès techniques, d'une mutation de la culture avec l'arrivée du cinéma américain, des voitures étrangères, d'un mode de vie nouveau pour l'archipel. La révolution industrielle et les rares tumultes de la vie politique y sont abordés, alors que toute la période de la guerre du Pacifique est étrangement esquivée.

On parle de l'évacuation des enfants dans les écoles, de l'effort de guerre, mais les rapports avec la Corée ou la Chine sons passés sous silence, probablement pour ne pas titiller les nationalistes et les révisionnistes. L'Edo Tokyo Museum regarde ailleurs, en ne couvrant que les avancées positives du pays, sans parler avec franchise ou recul des choix désastreux qu'il a faits.

En me laissant porter par l'escalator de sortir, des personnages d'estampes modernes jalonnaient les murs du couloir. Des costumes belle époque, colorés, aimables. Les reliquats d'une période que le Japon regrette sans parvenir à articuler ses autres regrets.
L'Edo Tokyo Museum est symptomatique du Japon actuel, fier de son histoire lointaine et de sa grandeur passée, mais partagé sur son histoire moderne, moins glorieuse. Il est représentatif de cette attitude locale, où l'on préfère ne pas dire pour ne pas vexer.

Ou ne pas se souvenir.




Dereck in Japan : Jour 1 - Les grands travaux

Posté par Dereck le 06.08.09 à 14:21 | tags : gaming et sushi

Quelque chose n'est pas normal depuis que j'ai posé le pied au Japon. Je sue, comme un Esquimau en voyage au Gabon, la lumière blafarde du soleil me brûle les yeux, mais cet enfoiré de soleil se cache en embuscade derrière les nuages. Avec 32° et 65% d'humidité sur Tokyo, le mois d'août garde les traces des pluies de juillet, sans être aussi dur qu'il y a deux ans, une année réputée pour avoir été la plus chaude depuis 75 ans dans le pays.

 

La re-prise de repères s'est faite dans la morosité. Pour cette année, j'avais décidé de séjourner dans le quartier d'Asakusa, celui du temple Sendo-Ji et du Kaminarimon, que je vous avais montrés par le passé. En 2009, si l'allée du Kaminarimon est restée ouverte, le temple principal en lui-même est fermé au public pour travaux. Emballé façon Pont Neuf selon Christo, le temple Senji est entouré d'échaufaudages clos, de barrière et de façades en métal pour le protéger durant sa restauration.

Il n'est pas le seul bâtiment de la cour à être restauré, d'autres temples annexes sont eux aussi isolés pour réparation pendant pour les mois à venir.

 

Pas de Senso-Ji cette année pour moi. Je me suis donc engouffré dans le métro délicieusement climatisé, une bière fraîche à la main, pour le Fukagawa Edo Museum. Ce musée en temps normal est une reconstitution de Tokyo au temps des shoguns, une sorte de diorama à échelle humaine qui vous immerge dans une autre époque. Nouvelle déception, le musée est également fermé pour travaux depuis le premier juillet, et jusqu'à juillet 2010.

Désemparé, je passe le début d'après-midi dans le jardin Kiyosumi Teien, photogénique comme tous les jardins de Tokyo. Celui-ci avait d'abord appartenu à un homme de pouvoir de l'époque Edo, Kinokuniya Nunzaemon. Il fut racheté par le fondateur de Mitsubishi, Iwasaki Yataro, en 1878. Il le fit réaménager pour en faire un endroit de visite pour ses employés et une seconde résidence pour y impressionner ses invités.

Les roches disposées dans le jardin ont été importées de plusieurs provinces japonaises, pour que jardin soit représentatif de toute l'île, tout en gardant un style propre à l'époque Edo.

L'endroit est célèbre pour son jardin d'iris lors de la floraison, et sa colline, inaccessible au public, et habitée par les corbeaux. Ce n'est qu'en 1932 que le Kiyosumi Teien fut inauguré et ainsi ouvert au grand public.

La résidence sur pilotis interdite aux visites, la salle de réception cohabitent d'ailleurs avec les tables de pique-nique dans l'autre moitié du parc.

 

Sur le chemin du retour, je tombe sur un Izakaya, un bar-restaurant, qui ouvre à peine pour accueillir ses premiers clients. Je serai le second. Attablé devant une assiette de poulpes pimentés et ma bouteille de Shochu à la patate douce, je boirai à la santé d'un vieux monsieur.

Santé, Senso-Ji !




Dereck in Japan : Teaser

Posté par Dereck le 04.08.09 à 17:29 | tags : gaming et sushi

Lorsque vous lirez ces lignes, je serai dans la zone d'embarquement de Roissy Charles de Gaulle. Je vous donne rendez-vous demain, suivant décalage horaire.

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ColdPlay - Lovers in Japan




Dereck in Japan : Jour 20, Gemu Oba

Posté par Dereck le 23.08.07 à 17:43 | tags : gaming et sushi

Dernières spécialités à goûter, derniers lieux à visiter, dernières emplettes à effectuer. Au galop, au pas de course. Puisque c'était mon dernier jour au Japon, je vous ai préparé une petite carte postale de départ, spécialement pour vous. Parce que je vous aime tous.
Sauf les nippo-érudits et les dubitatifs bas du front qui viennnent s'essuyer les couilles sur le blog. Vous savez, les gars, si c'est le mois d'août qui vous rend con, on le fait retirer du calendrier de l'année prochaine. Ca nous épargnera à tous vos commentaires à la mord-mois-le-wasabi. Bref.

Ainsi, je suis retourné de nuit au temple Senso-Ji d'Asakusa pour vous le montrer illuminé, rougeoyant dans la nuit Tokyoïte. Les clichés seront d'ailleurs bientôt mis en ligne sur le photostream.

Je vous laisse donc sur ces dernières images, ma valise m'attend. C'est une partie de Tetris entre elle et moi qui va se jouer. Comment faire rentrer dans un bagage déjà plein à craquer un assortiment de jeux, une box Taiko no Tatsujin et un masque sculpté bien calé dans son carton ? Réponse : Je n'en sais foutrement rien.

Une nuit bien courte qui s'annonce.




Dereck in Japan : Jour 19, Les bonnes adresses du Père Dereck

Posté par Dereck le 22.08.07 à 17:05 | tags : gaming et sushi

Dans la jungle d'akiba, peuplée de maids court-vêtues et d'otakus gros-ventrus, la faune n'est qu'une diversion nous séparant de la quête du Graal sur galette. Les magasins sont très nombreux, se bouffent la laine sur le dos comme des moutons néo-zélandais défoncés au crack, et la concurrence est plus qu'agressive. Tourmentés par les rabatteurs, attirés par ces filles souriantes, on perd souvent de vue la bonne crémerie où trouver des jeux neufs ou occasion frais, à des prix tellement imbattables que ça en devient honteux.
Je vous ai donc sélectionné quelques bonnes enseignes, que vous visiterez peut-être un jour lors de votre propre voyage à Tokyo.

- Media-Land : Une bande de salopards qui n'hésitent pas à briser les dates de sortie pour écouler des jeux deux ou trois jours avant l'ultimatum. Ce qui fait que souvent peu de temps après une sortie, on trouve déjà des versions en occase. Le magasin est minuscule, sur plusieurs étages, mais son stock comprend des jeux datant d'il y a une semaine comme il y a deux ans, souvent dans un excellent état. Quand on voit les prix pratiqués chez Tsutaya et autres Aso Bit City, M-Land affiche des étiquettes de rêve, la plupart du temps 1000 à 2000 yens moins cher.

- Tokiwamusen : Plus petit qu'un string d'actrice porno, ce magasin se situe de l'autre côté de la gare d'Akihabara. Nous dirons l'ouest. On pourrait le prendre pour un bazar tout-à-dix-balles, mais il est en fait un pendant bordélique à Media-Land. Niveau occase, on trouve souvent son bonheur sur des softs à prix massacrés. On y trouve aussi du neuf à des tarifs incroyables pour une bonne raison, le proprio achète des stocks d'invendus et les remets en vente. Pas étonnant donc de croiser des jeux GB et PSX sous blister original dans les environs de 500 yens grand maxmum. N'oubliez pas qu'il est minuscule, on ne peut même pas y faire tenir une équipe de bridge.

- Trader : Un sur l'artère principale, un en retrait derrière le Club Sega et ses environs. Trader s'est fait une spécialité de l'occasion, en séparant ses rayons par console, évidemment, mais surtout en laissant la place pour des étalages entiers d'éditions collectors. Par moiments on se croirait dans un musée du geek tant les pièces peuvent titiller votre collectionnite latente. Des magasins qui donnent un méchant coup de genou dans les couilles du portefeuille, mais dont on ressort le sourire aux lèvres, comme si l'on venait d'inventer le fil à couper l'eau chaude. De plus, les échoppes sont assez grandes et sur plusieurs étages. Joie.

- Lammtarra : Clairement un magasin pour otakus où les rayons de pr0n ont la part belle. Pourtant, on y trouve des jeux très récents ou que l'on ne voit pas soldé ailleurs à des prix très intéressants. Quasiment toujours blindé pour cause de taille ridicule, Lammtarra fait à la fois office de magasin et de zoo selon vos intérêts. Ils font aussi des offres spéciales sur des séries de jeux. On trouve ainsi la saga des Langlisser dans une box improvisée, ou les derniers Shining regroupés dans un carton promotionnel. Il y a deux enseignes, celle qui nous intéresse est à côté de l'Aso Bit City.

- Gamers : Moins obscur, mais plus orienté animé que Lammtarra, Gamers a un rayon jeux assez petit qui pourtant affiche une spécialisation réjouissante dans les licences dérivées de DA japonais. Ici aussi on rouve des packs inventés et des éditions collectors avec figurine de certains jeux comme Ys. La passion a pourtant un prix et ceux de Gamers se rapprochent dangereusement des standards de Tsutaya. c'est plus le catalogue qui vous attirera entre ces murs.

N'oubliez surtout pas Super Potato, ni Games Hollywood, qui aligne les jeux importés depuis d'autres pays.

Vous voilà parés, ne vous reste qu'à consulter ce petit plan intéractif et vous pourrez dépenser l'esprit léger tout cet argent que vous avez économisé pendant des mois en pensant acheter une maison en provence. Dans le cul la maison. Mais que ne ferait-on pas pour un Metal Gear Solid 20th Anniversary encore sous blister ?






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